Entre 2000 et 2025, les recettes fiscales camerounaises ont bondi de 466,6 % en valeur nominale, passant de 690,99 à 3 915,79 milliards FCFA. Pourtant, le Rapport pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) relativise cette performance : elle serait largement portée par les cycles des matières premières, l'inflation et les effets de change, plutôt que par une amélioration durable de l'efficacité fiscale. Ce constat intervient alors que la CEMAC s'est fixé un plancher de 17 % du PIB, un seuil que le Cameroun est loin d'atteindre.
Recettes fiscales en hausse, productivité en berne
Entre 2000 et 2025, les recettes ont bondi de 466,6 % en valeur nominale. Mais la BAD relativise : cette performance est portée par les matières premières, l'inflation et les effets de change, plus que par une efficacité fiscale durable.
Le Cameroun reste sous le plancher régional de 17 % fixé par la CEMAC.
La BAD souligne une marge importante de mobilisation de recettes, mais aussi une fragilité structurelle qui apparaît lors des chocs économiques. Le ratio est passé de 11,1% à 10,3% entre 2008 et 2009.
Le ratio des recettes fiscales au PIB camerounais illustre cette stagnation relative : il est passé de 10 % en 2000 à 13,3 % en 2025, une progression certes réelle, mais qui demeure inférieure au plancher régional de 17 % retenu dans la CEMAC. En 2024, ce ratio s'établissait à 12,8 %, contre 11,9 % en moyenne dans la région et 13,4 % en Afrique. La BAD souligne que cet écart traduit une marge importante de mobilisation de recettes supplémentaires, mais aussi une fragilité structurelle qui apparaît surtout lors des chocs économiques, comme en 2008-2009 où le ratio est passé de 11,1 % à 10,3 %.
L'analyse de la BAD met en lumière plusieurs facteurs explicatifs : l'étroitesse de l'assiette fiscale, l'octroi excessif d'exonérations, le poids du secteur informel, le faible civisme fiscal et la couverture limitée des contribuables. Le secteur informel représente ainsi 49,2 % du PIB et 86,6 % des emplois, ce qui réduit mécaniquement la base imposable. Les arriérés fiscaux ont par ailleurs atteint 1 402,8 milliards FCFA en 2025, contre 984,5 milliards en 2022, signe d'une dégradation du recouvrement.
L'élasticité des recettes fiscales, évaluée à 0,99, confirme cette faiblesse : les recettes augmentent légèrement moins vite que le PIB, ce qui signifie qu'une croissance économique soutenue ne se traduit pas par une hausse proportionnelle des ressources publiques. Ce constat est d'autant plus préoccupant que le Cameroun, comme d'autres pays de la zone franc, cherche à renforcer sa souveraineté fiscale et à financer ses infrastructures par des ressources internes.
Cette situation n'est pas propre au Cameroun. Dans l'ensemble de l'UEMOA, les banques affichent des résultats semestriels solides, mais la mobilisation des recettes fiscales reste un défi. Les récentes performances de la BRVM, portées par des valeurs comme Sonatel et NSIA, montrent un dynamisme financier qui contraste avec la lenteur des réformes fiscales. Au Sénégal, le Plan de redressement économique et social (PRES) illustre cette tension : les recettes mobilisées à fin mars 2026 n'ont atteint que 54,2 milliards FCFA, pour une cible trimestrielle de 94,8 milliards, révélant des difficultés persistantes à élargir l'assiette.
La comparaison avec le Cameroun est éclairante. Si les recettes fiscales y ont été dopées par les cours des matières premières, la productivité fiscale — c'est-à-dire la capacité à transformer la croissance en recettes — n'a pas suivi. La BAD pointe notamment les difficultés à lutter contre les abus liés aux prix de transfert, l'évasion et la fraude fiscales, des fléaux qui touchent également les pays côtiers de la sous-région.
Pour les entreprises ouest-africaines, cette situation a des implications directes. D'un côté, une pression fiscale mal maîtrisée peut freiner l'investissement ; de l'autre, une assiette étroite pousse les États à recourir à des impôts indirects ou à des taxes ad hoc, créant de l'incertitude. Les groupes bancaires présents dans la région, à l'image de Coris Bank ou d'Ecobank, suivent de près ces évolutions, car elles influencent la solvabilité des États et la demande de crédit.
Au-delà du cas camerounais, ce rapport de la BAD interroge la soutenabilité des finances publiques dans la zone CEMAC, où le plancher de 17 % du PIB semble hors de portée pour plusieurs pays. Il met aussi en lumière un paradoxe : alors que les marchés financiers régionaux se développent et que les banques affichent des bénéfices records, les États peinent à capter une part suffisante de la richesse créée.
La trajectoire fiscale du Cameroun illustre un défi plus large pour l'Afrique de l'Ouest : concilier croissance économique et mobilisation efficace des ressources internes. Alors que la BRVM attire les investisseurs et que les banques régionales prospèrent, les États doivent repenser leur architecture fiscale pour réduire leur dépendance aux cycles des matières premières et aux financements extérieurs. La question n'est pas seulement technique, elle est politique : elle touche à la répartition de la valeur ajoutée entre secteurs formel et informel, et à la capacité des gouvernements à négocier avec les multinationales.
Vérification : La date 'mars 2026' est dans le futur ; il s'agit probablement de mars 2025 ou d'une erreur de date.