Le milliardaire nigérian Aliko Dangote relance son projet de double cotation de Dangote Cement à Londres, avec l'intention de céder environ 10% du capital. Cette offensive intervient après un assouplissement des règles de la Financial Conduct Authority britannique et révèle les limites des marchés financiers ouest-africains face aux besoins de capitaux des géants industriels du continent. Alors que la BRVM et la Bourse de Lagos cherchent à gagner en profondeur, ce choix de Londres pose la question de la compétitivité des places régionales.

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L'annonce faite au Financial Times par Aliko Dangote, homme le plus riche d'Afrique avec une fortune estimée à plus de 30 milliards de dollars, marque un tournant stratégique pour son groupe. Dangote Cement, déjà coté à Lagos depuis 2010, pourrait ainsi rejoindre la Bourse de Londres dans le cadre d'une double cotation. Le timing n'est pas anodin : la Financial Conduct Authority a récemment assoupli ses règles d'admission, rendant Londres plus accessible aux entreprises étrangères. Mais au-delà du contexte réglementaire, cette décision traduit une réalité économique : les marchés ouest-africains peinent encore à offrir la liquidité et la visibilité nécessaires aux très grandes capitalisations.

Dangote Cement affiche une capitalisation boursière de près de 10,8 milliards d'euros et a vu ses revenus croître de 20,3% en 2025, à environ 2,7 milliards d'euros. Avec une capacité de production annuelle de 52 millions de tonnes et 13 000 employés, le groupe est le premier producteur de ciment en Afrique. Pourtant, plus de 87% du capital reste détenu par Dangote Industries, signe d'une faible dispersion du flottant. L'introduction à Londres vise à élargir la base d'actionnaires, en attirant des investisseurs institutionnels internationaux peu présents sur les bourses régionales.

Ce mouvement intervient dans un contexte où plusieurs fleurons ouest-africains cherchent des alternatives aux marchés locaux. Ecobank, par exemple, a vu son action bondir de 69,5% à Lagos en avril 2026, mais reste confrontée à des problèmes de valorisation et de liquidité sur la BRVM. De même, Sonatel multiplie les investissements records tout en restant cotée sur la place régionale. La décision de Dangote pourrait donc inciter d'autres groupes à envisager des cotations à l'étranger, fragilisant l'ambition des Bourses régionales de devenir des hubs financiers de référence.

L'enjeu est d'autant plus crucial que l'Afrique de l'Ouest connaît une dynamique économique soutenue, portée par les infrastructures, les télécommunications et les services financiers. Les besoins en capitaux sont immenses, mais les marchés financiers locaux manquent de profondeur. Selon les données de la Bourse de Lagos, la capitalisation totale dépasse à peine 50 milliards de dollars, tandis que la BRVM pèse environ 6 milliards. Face à cela, une introduction londonienne permet d'accéder à une liquidité mondiale et à une base d'investisseurs plus large.

Pour Dangote, le projet n'est pas nouveau : l'homme d'affaires affirme y réfléchir depuis sept à dix ans. Mais la conjoncture actuelle, marquée par la montée en puissance de ses activités pétrolières (notamment la raffinerie de Dangote) et la recherche de financements pour ses mégaprojets énergétiques, accélère le calendrier. La cotation londonienne pourrait aussi servir de vitrine pour ses autres entités, comme Dangote Fertilizer ou Dangote Sugar, et renforcer sa crédibilité auprès des banques internationales.

Ce mouvement suscite des interrogations quant à l'avenir des bourses ouest-africaines. Si un champion comme Dangote Cement choisit Londres pour sa croissance, quel message cela envoie-t-il aux investisseurs locaux et internationaux ? La BRVM et la Bourse de Lagos doivent désormais accélérer leurs réformes pour améliorer la liquidité, la transparence et l'efficacité des transactions. Sinon, le risque est de voir les plus belles pépites de la région s'expatrier boursièrement, laissant les marchés locaux avec des valeurs de seconde zone.

L'assouplissement des règles de la FCA britannique a clairement joué un rôle décisif. Londres cherche à redevenir compétitive après le Brexit et cible les entreprises africaines comme un réservoir de croissance. Cela place les régulateurs ouest-africains face à un défi de taille : comment rendre leurs places attrayantes tout en maintenant des standards élevés de gouvernance ? L'initiative de Dangote pourrait être un accélérateur de réformes, ou au contraire, un révélateur de leurs limites.

Au-delà du cas Dangote, cette annonce illustre les tensions entre la globalisation financière et les aspirations des marchés régionaux. Les bourses ouest-africaines doivent désormais prouver qu'elles peuvent offrir aux grands groupes une alternative crédible aux places internationales. La décision d'Aliko Dangote n'est pas simplement celle d'un milliardaire ; c'est un signal fort sur l'évolution du paysage financier africain, où la quête de liquidité prime parfois sur l'attachement aux ancrages nationaux.