Le gouvernement ivoirien a adopté ce mercredi 29 avril 2026 une réduction de 25% des redevances aéronautiques sur les liaisons intra-Cédéao, afin d’alléger le coût des billets et de préserver la compétitivité d’Air Côte d’Ivoire. Cette décision intervient dans un contexte de flambée des prix du kérosène provoquée par la fermeture stratégique du détroit d’Ormuz, qui perturbe les flux pétroliers mondiaux. En abaissant les taxes, Abidjan tente de compenser la hausse des charges opérationnelles et de renforcer son rôle de hub aérien régional.
La mesure, qui modifie les articles 2 et 5 du décret de 2018 sur les redevances de sécurité, uniformise les taux pour plusieurs zones de vol et applique une baisse de 25% sur les redevances passagers et de sûreté pour les trajets au sein de la Cédéao. L’objectif affiché est double : améliorer la compétitivité d’Air Côte d’Ivoire, compagnie nationale en concurrence avec d’autres transporteurs ouest-africains, et accroître l’attractivité des aéroports ivoiriens, notamment celui d’Abidjan, plaque tournante de la sous-région.
Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large : la Cédéao avait déjà préconisé une réduction de 25% des redevances passagers et sécurité pour faciliter la libre circulation et le commerce intra-régional. En l’appliquant au moment où le kérosène s’envole – le baril de brut a bondi de plus de 30% depuis la fermeture d’Ormuz –, Abidjan cherche à amortir le choc sur les voyageurs et les opérateurs économiques. Sans cette mesure, le coût des billets aurait pu augmenter de façon prohibitive, freinant les échanges.
Pour le secteur aérien ouest-africain, cette réduction représente un ballon d’oxygène à court terme. Les compagnies, déjà fragilisées par les crises sanitaires et sécuritaires passées, voient leurs marges se resserrer avec l’explosion du carburant, qui représente 30 à 40% de leurs coûts d’exploitation. En diminuant les taxes, l’État ivoirien allège la facture finale pour le consommateur, mais la pression reste forte sur les transporteurs, contraints d’absorber ou de répercuter la hausse du kérosène.
Au-delà d’Air Côte d’Ivoire, la mesure bénéficie à l’ensemble du trafic aérien au départ ou à destination de la Côte d’Ivoire, y compris les compagnies étrangères opérant des vols régionaux. Cela pourrait renforcer la position d’Abidjan comme hub concurrent de Lagos, Accra ou Dakar dans la bataille pour attirer les flux aériens ouest-africains. Dans un environnement où la connectivité est clé pour les affaires, cette baisse des redevances pourrait stimuler les voyages d’affaires et le tourisme régional, compensant partiellement les effets de la crise énergétique sur l’activité économique.
Cette réduction des redevances illustre la volonté des États ouest-africains de préserver la mobilité régionale face à des chocs exogènes, mais pose la question de la soutenabilité budgétaire des baisses de taxes pour les agences de sûreté et les aéroports. Alors que la crise d’Ormuz pourrait se prolonger, d’autres pays de la zone Cédéao pourraient emboîter le pas à la Côte d’Ivoire, lançant une forme de compétition fiscale pour attirer le trafic aérien et soutenir leurs économies dépendantes du transport.