Jeudi 30 avril, les ministres de la Justice de la CEDEAO ont validé à Lomé un projet d’acte additionnel destiné à renforcer la coopération régionale contre les activités maritimes illégales. Ce texte de vingt articles vise à harmoniser les cadres juridiques des États membres face à la montée des menaces dans le Golfe de Guinée. Au-delà de la sécurité, c’est la compétitivité des économies portuaires ouest-africaines qui est en jeu.

La réunion de Lomé s’inscrit dans une dynamique de long cours : la criminalité maritime dans le Golfe de Guinée – piraterie, vols à main armée, trafics illicites, pêche illégale – pèse lourdement sur les échanges régionaux. Si les patrouilles navales et les accords de sécurité (comme l’architecture de Yaoundé) ont réduit les incidents depuis 2020, les réseaux criminels s’adaptent, exploitant les failles juridiques entre États. L’acte additionnel, composé de vingt articles, cherche à combler ces lacunes en facilitant l’entraide judiciaire, les extraditions et la circulation des preuves. Une réponse à un constat simple : sans cadre commun, les poursuites s’enlisent dès qu’un suspect traverse une frontière.

L’enjeu dépasse la seule sécurité. Les ports du Golfe de Guinée – de Lomé à Abidjan en passant par Lagos et Accra – sont des poumons économiques : ils concentrent 70 % des échanges extérieurs de la région, génèrent des recettes douanières essentielles et assurent l’approvisionnement énergétique. Chaque acte de piraterie ou de vol renchérit les primes d’assurance, allonge les délais d’acheminement et dissuade les armateurs internationaux. Pour le Togo, qui a fait de son port un hub régional, la sécurisation juridique est un levier de compétitivité direct. Lomé pousse donc depuis plusieurs années une approche régionale, bien consciente que la criminalité ne s’arrête pas aux limites des eaux territoriales.

Le défi de la mise en œuvre reste néanmoins de taille. Les systèmes judiciaires ouest-africains présentent des divergences de procédures, des capacités inégales et parfois des priorités différentes en matière de lutte contre la criminalité. L’acte additionnel tente de poser les bases d’une harmonisation, mais son efficacité dépendra de la volonté des États de transposer ces règles dans leur droit interne et de les appliquer. La réunion de Lomé montre une prise de conscience, mais le chemin vers une justice régionale pleinement opérationnelle est encore long.

Cette initiative s’inscrit dans un mouvement plus large de coopération sécuritaire en Afrique de l’Ouest, où la CEDEAO multiplie les instruments (force en attente, centre de commandement maritime, etc.). Mais là où les outils militaires sont souvent privilégiés, l’acte additionnel aborde la face judiciaire du problème : poursuivre et condamner les criminels, pas seulement les intercepter. C’est une reconnaissance que la stabilité économique des ports passe aussi par l’État de droit.

Le texte, désormais transmis au Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO, doit franchir une dernière étape avant d’entrer en vigueur. S’il est adopté, il viendra renforcer un arsenal régional qui peine encore à convaincre les acteurs économiques de la fiabilité des routes maritimes locales. La criminalité maritime dans le Golfe de Guinée est un symptôme de fragilités plus profondes – pauvreté côtière, gouvernance lacunaire, conflits fonciers – que la seule coordination judiciaire ne résoudra pas. Mais en offrant un cadre commun pour punir, la CEDEAO envoie un signal aux investisseurs : la région prend au sérieux la sécurisation de ses échanges.