Du 28 avril au 1er mai 2026, Abidjan est le théâtre de cinq réunions thématiques de haut niveau organisées par la Commission de la CEDEAO et l'OCDE. L'objectif est de transformer le marché commun en une réalité opérationnelle pour les 400 millions de citoyens ouest-africains. Au cœur des échanges : la fluidification des échanges, l'attraction des investisseurs et la protection des consommateurs.
Ces rencontres interviennent dans un contexte où l'intégration régionale reste un chantier majeur pour l'Afrique de l'Ouest. Malgré des décennies de discours, les obstacles aux échanges intracommunautaires persistent : barrières tarifaires et non tarifaires, lourdeurs administratives, disparités réglementaires. La CEDEAO entend cette fois passer de la vision à l'action, en s'appuyant sur un bilan des cinq dernières années. Peter Oluonye, directeur par intérim chargé du secteur privé, a insisté sur la nécessité d'éliminer les barrières résiduelles et de renforcer les capacités des États membres, signe que la volonté politique se veut désormais plus concrète.
La promotion des investissements est au cœur des discussions. En attirant les capitaux étrangers et en facilitant les mouvements de capitaux intra-régionaux, le marché commun ambitionne de devenir un pôle de compétitivité. Toutefois, la crédibilité du projet repose sur sa capacité à offrir un environnement juridique stable et prévisible. Les annonces d'Abidjan visent à rassurer les investisseurs sur la cohérence des politiques et l'effectivité des réformes.
Parallèlement, la protection des citoyens est érigée en priorité. Siméon Koffi, directeur exécutif de l'Autorité régionale de la concurrence (ARCC), a rappelé l'urgence d'appliquer les directives de 2023 contre les produits de mauvaise qualité. Cela implique la mise en place de mécanismes de recours pour les consommateurs en cas d'abus transfrontaliers, un volet souvent négligé mais essentiel pour la confiance dans le marché commun.
Le commerce alimentaire intra-régional bénéficie d'une attention particulière, avec le soutien de l'OCDE. Alban Mas Aparisi, représentant du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest, a évoqué des chiffres significatifs (non précisés dans la source) sur le poids de ces échanges. L'objectif est d'encadrer les flux, de lutter contre l'insécurité alimentaire et de renforcer la résilience des économies locales face aux chocs mondiaux. Ce volet agricole est crucial car il touche à la fois à la souveraineté alimentaire et aux moyens de subsistance de millions de petits producteurs.
L'enjeu est immense : faire de l'espace CEDEAO un marché intégré, attractif et protecteur. Mais les défis restent nombreux : hétérogénéité des niveaux de développement, tensions géopolitiques, concurrence avec d'autres blocs. La réussite de ce sommet d'Abidjan dépendra de la capacité à traduire les intentions en décisions contraignantes et en mécanismes de suivi.
Alors que l'Afrique de l'Ouest cherche à se positionner dans un contexte mondial marqué par la fragmentation des échanges et les crises climatiques, la dynamique impulsée à Abidjan pourrait redessiner les contours de l'intégration régionale. Reste à savoir si les États membres sauront aligner leurs intérêts nationaux sur une ambition collective, condition sine qua non pour que le marché commun devienne un levier de développement durable.