CMA CGM a révisé ses tarifs de fret maritime sur le corridor Asie-Afrique de l'Ouest, une décision qui affecte directement les chaînes logistiques des mines d'or de la région. Alors que le Port de Lomé s'est imposé comme un hub clé avec 30,6 millions de tonnes de trafic en 2024, cette hausse des coûts de transport soulève des questions sur la compétitivité des exportations aurifères. Dans un contexte de cours élevé de l'or, c'est la capacité des États ouest-africains à capter la valeur ajoutée qui est en jeu.

Infographie — Or · Production

CMA CGM, premier armateur français et acteur majeur des échanges entre l'Asie et l'Afrique de l'Ouest, a annoncé une révision de ses tarifs sur cette route stratégique. Si les montants exacts n'ont pas été divulgués, les opérateurs logistiques anticipent une augmentation significative des coûts de transport des conteneurs. Cette décision intervient dans un marché marqué par une forte demande de fret et des tensions sur les capacités, alors que les ports de la région peinent à absorber les flux croissants.

Impact sur la filière or

Les mines d'or ouest-africaines dépendent largement des importations de biens d'équipement et de consommables en provenance d'Asie – foreuses, convoyeurs, réactifs chimiques. Une hausse des tarifs de fret se répercute directement sur les coûts opérationnels des compagnies minières, déjà confrontées à la hausse des prix de l'énergie et à une pression fiscale accrue dans plusieurs États. À l'inverse, l'exportation du métal précieux, qui se fait souvent en lingots ou en doré, est moins sensible au coût du conteneur étant donné sa valeur élevée – mais les intrants, eux, pèsent lourd dans les bilans. Certaines mines pourraient voir leur seuil de rentabilité se dégrader, surtout si le cours de l'or venait à fléchir.

Enjeux de souveraineté économique

Au-delà de l'effet conjoncturel, cette révision tarifaire met en lumière la dépendance de la région vis-à-vis des opérateurs maritimes étrangers. Les États ouest-africains, qui cherchent à accroître leurs revenus issus de l'exploitation minière – l'or représentant jusqu'à 15 % du PIB de pays comme le Burkina Faso ou le Ghana –, voient une partie de leur marge de manœuvre réduite. La décision de CMA CGM rappelle que la souveraineté sur les ressources ne se limite pas au contrôle des titres miniers, mais inclut aussi la maîtrise des chaînes logistiques et des infrastructures portuaires. Le Port autonome de Lomé, qui a traité 2 millions de conteneurs EVP en 2024, est un hub pour les pays enclavés comme le Mali et le Niger, mais son efficacité dépend des connexions maritimes.

Le port de Lomé face à un nouveau défi

Le hub togolais a bénéficié d'investissements massifs pour devenir la porte d'entrée de l'Afrique de l'Ouest et du Centre. Cependant, la hausse des tarifs de CMA CGM pourrait inciter les chargeurs à explorer d'autres routes, notamment via les ports ivoiriens ou ghanéens, pour optimiser leurs coûts. Une fragmentation des flux nuirait à l'efficacité régionale et renchérirait encore les délais. Par ailleurs, les projets d'extension du port et de modernisation du chemin de fer intérieur (Lomé-Ouagadougou) deviennent d'autant plus urgents pour maintenir l'attractivité de la plateforme.

Géopolitique du fret maritime

La décision de CMA CGM s'inscrit dans une recomposition plus large des routes maritimes, avec la montée en puissance des compagnies chinoises et la volatilité des taux de fret post-Covid. Pour l'Afrique de l'Ouest, cette dépendance aux grands armateurs internationaux pose un risque de vulnérabilité en cas de choc externe. Certains pays, à l'image du Sénégal avec le projet de zone économique spéciale de Diamniadio, tentent de développer des hubs logistiques nationaux, mais l'échelle régionale reste indispensable.

La révision des tarifs de CMA CGM agit comme un révélateur des fragilités structurelles du secteur extractif ouest-africain, où la valorisation des ressources naturelles bute sur un maillon logistique dominé par des acteurs extérieurs. La question dépasse le simple coût du transport : elle interroge la capacité de la région à bâtir une souveraineté économique intégrée, de la mine au port.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 5.9% (FMI)