Le 11 novembre, les premiers trains de minerai de fer ont quitté le mégagisement de Simandou, marquant une étape historique pour la Guinée. Pourtant, derrière l'inauguration officielle, la réalité opérationnelle révèle une mainmise persistante des groupes chinois sur les infrastructures clés, tandis que Rio Tinto, co-actionnaire, semble recentrer ses priorités stratégiques ailleurs en Afrique.

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Les festivités du 11 novembre ont célébré le début des exportations de minerai de fer du gisement de Simandou, l'un des plus riches au monde. Mais selon des sources proches du dossier, le démarrage réel est bien plus modeste que l'annonce officielle. Les consortiums WCS (Baowu et Winning International) et Simfer (Rio Tinto, Chalco, gouvernement guinéen) n'ont expédié que des volumes symboliques, principalement pour tester les chaînes logistiques.

**La Compagnie du Transguinéen (CGT), censée gérer le rail et le port pour le compte de l'État, est en réalité loin d'exercer un contrôle effectif.** C'est un trio de géants chinois – China Railway Construction Corporation (CRCC), China Harbour Engineering Company (CHEC) et China Communications Construction Company (CCCC) – qui détient la maîtrise d'œuvre des infrastructures ferroviaires et portuaires. La construction du chemin de fer de 650 km est achevée, mais le port minéralier de Morebaya, sur la côte atlantique, n'est pas encore opérationnel ; les premiers exportations passent par un terminal temporaire.

Cette situation illustre le décalage entre les ambitions de souveraineté affichées par Conakry et la réalité du partenariat avec la Chine. Le Programme Simandou 2040, qui prévoit la construction d'une raffinerie d'alumine à Boffa par Chalco et des programmes de formation, semble progresser en marge du cœur minier. En mai, la Guinée a signé un accord pour la raffinerie, tandis que Rio Tinto s'engageait dans l'électrification rurale via l'AGER. Mais ces initiatives ne masquent pas le fait que la chaîne de valeur du fer reste largement contrôlée par des acteurs étrangers.

Du côté de Rio Tinto, le nouveau PDG, nommé en août 2025, imprime une orientation plus pragmatique. Selon Africa Intelligence, l'Anglo-Australien regarde désormais vers le cuivre angolais, cherchant à diversifier son portefeuille. Simandou, projet colossal mais coûteux et complexe, pourrait passer au second plan dans ses priorités. Cette possible inflexion interroge sur l'engagement à long terme de Rio Tinto en Guinée, alors que le consortium Simfer doit encore lever des fonds pour la suite du développement.

**La mainmise chinoise sur les infrastructures pose la question du partage de la valeur.** Les trois géants chinois sont également impliqués dans d'autres mégaprojets en Afrique de l'Ouest, comme le chemin de fer et le port de Kribi au Cameroun. Leur présence à Simandou renforce leur emprise sur les corridors miniers régionaux. Pour la Guinée, l'enjeu est de transformer cette manne en développement local, comme le suggère le programme de formation d'ingénieurs lancé en mai au barrage de Souapiti – une manière de préparer la relève.

Parallèlement, la dynamique politique joue un rôle clé. Le président Mamadi Doumbouya, qui a inauguré le projet en grande pompe, mise sur Simandou pour légitimer son pouvoir et attirer les investissements. Mais les retards et les tensions autour du partage des revenus pourraient fragiliser cet équilibre. L'octroi récent de la raffinerie d'alumine à Chalco, dans le cadre du programme Simandou 2040, montre que Pékin reste un partenaire incontournable, mais dans un rapport de force où la Guinée cherche à reprendre la main.

**L'évolution récente confirme que le démarrage des exportations n'est qu'une première étape.** Les véritables enjeux – gouvernance des infrastructures, transformation locale, retombées fiscales – restent à trancher. Le chantier de Morebaya, qui doit être achevé d'ici 2027, sera un test décisif pour la capacité de la CGT à imposer son autorité face aux opérateurs chinois. En attendant, le minerai de Simandou coule, mais il irrigue encore peu l'économie guinéenne.

Le cas de Simandou illustre les dilemmes de l'exploitation minière en Afrique de l'Ouest : comment concilier la nécessité d'investissements massifs, souvent chinois, avec la souveraineté économique ? Alors que d'autres projets, comme le barrage de Souapiti ou la raffinerie de Boffa, tentent de créer des boucles locales de valeur, la filière fer reste un révélateur des rapports de force Nord-Sud. La question qui demeure est de savoir si la Guinée parviendra à faire de Simandou un levier de développement durable ou si le gigantisme du projet la condamnera à une dépendance technologique et financière.