Le 12 juin 2026, le Centre de Formation et de Perfectionnement en Techniques de l’Information et de la Communication (CFPTIC) a lancé à Conakry une session de renforcement des capacités pour les journalistes sur le thème « Médias et communication : apprendre, comprendre et faire comprendre Simandou 2040 ». Cette initiative, organisée sous l’égide du ministère de la Communication, vise à outiller la presse pour une couverture « rigoureuse et équilibrée » du projet minier. Elle intervient un mois après la signature d’un protocole d’accord entre Rio Tinto Guinée et l’Agence Guinéenne d’Électrification Rurale (AGER) le 11 mai, et le forum organisé par Rio Tinto SimFer le 14 mai, marquant une accélération de la phase opérationnelle.

Infographie — Mines · Guinée

Un virage communicationnel stratégique

Le choix de cibler les journalistes n’est pas anodin. Alors que Simandou a longtemps été perçu comme un « scandale géologique » – un gisement de fer parmi les plus riches du monde resté inexploité pendant des décennies – le gouvernement tente aujourd’hui de construire un récit national autour de son développement. « Une vision nationale doit être comprise », a déclaré Abdoulaye Djibril Diallo, directeur général du CFPTIC, en insistant sur la nécessité de « prévenir les interprétations erronées ». Dans un contexte où la désinformation circule rapidement, l’État cherche à reprendre la main sur le discours public.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité des annonces de mai 2026. Le 11 mai, Rio Tinto Guinée et l’AGER ont signé un protocole pour améliorer l’accès à l’électricité dans les zones rurales, un geste perçu comme une tentative de répondre aux attentes sociales locales. Le 14 mai, Rio Tinto SimFer, coentreprise entre l’État guinéen, Rio Tinto et le consortium CIOH (Chinalco), a organisé un forum sur les retombées du projet. Ces actions témoignent d’une volonté de démontrer des progrès concrets, après des années de retards et de controverses.

Simandou 2040 : un projet aux multiples dimensions

Le programme « Simandou 2040 » dépasse le simple cadre minier. Il inclut des infrastructures ferroviaires et portuaires, ainsi que des ambitions de transformation locale du minerai. Pour la région ouest-africaine, Simandou représente une opportunité majeure de rééquilibrer les chaînes de valeur du fer, dominées par les producteurs historiques (Australie, Brésil). Mais il soulève aussi des défis énergétiques considérables : l’extraction et la première transformation du minerai nécessitent une électricité abondante, que la Guinée peinent à fournir.

Enjeux géopolitiques et financiers

La communication gouvernementale intervient dans un contexte où les enjeux de souveraineté sont forts. Le consortium associant Rio Tinto (anglo-australien) et Chinalco (chinois) illustre la compétition internationale pour le contrôle des ressources stratégiques. Les revenus attendus – estimés à plusieurs milliards de dollars par an à pleine production – pourraient transformer les finances publiques guinéennes, à condition que la gouvernance des recettes soit transparente. La formation des médias vise donc aussi à outiller la société civile pour un suivi rigoureux des promesses.

La session du CFPTIC s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays africains riches en ressources, où les gouvernements cherchent à « professionnaliser » le discours médiatique sur les grands projets extractifs. Au Ghana, au Sénégal ou au Mozambique, des initiatives similaires ont été lancées pour réduire les tensions sociales et attirer les investisseurs. En Guinée, le pari est que des journalistes mieux informés contribueront à stabiliser l’opinion publique, condition essentielle pour maintenir la confiance des partenaires financiers, notamment la Banque mondiale et les banques chinoises.

Si la formation des médias est une étape nécessaire, elle ne suffira pas à garantir l’acceptation sociale de Simandou. Les précédents miniers africains montrent que la transparence des contrats, la redistribution effective des bénéfices et l’implication des communautés locales sont les véritables clés de la viabilité à long terme. En formant les journalistes, le gouvernement guinéen pose une brique essentielle, mais le chantier reste immense.