Le ministre de l'Énergie, Birame Souleye Diop, a dressé le 3 mai 2026 un état des lieux contrasté du secteur. Alors que le pays maintient artificiellement les prix des carburants grâce à des subventions records de 878 milliards FCFA, il prépare l'arrivée du gaz dans ses centrales électriques d'ici 2028-2029. Une double contrainte financière et structurelle se dessine, révélatrice des dilemmes des États ouest-africains face à la transition énergétique.
Le ministre a d'abord tenu à rassurer sur l'approvisionnement en produits pétroliers, démentant toute rupture de stocks. Mais c'est le chiffre des subventions énergétiques qui retient l'attention : 878 milliards de francs CFA si les cours du Brent restent élevés. Un montant jugé "difficilement soutenable à long terme" par Birame Souleye Diop lui-même, alors que les voisins du Sénégal ont déjà répercuté la hausse des prix à la pompe. Le gouvernement a choisi de ne pas le faire, préférant lancer un audit pour déterminer le chemin vers une "vérité des prix" tout en ciblant mieux les subventions.
Sur le front de l'électrification, les disparités restent criantes. Le taux d'accès national de 88% cache un fossé entre villes (98%) et campagnes (63%). Le ministère a recensé 12 600 localités électrifiées, 6 571 en cours de raccordement devant être finalisées d'ici 2027, mais 6 471 autres ne figurent dans aucun programme. Le coût pour les inclure est estimé à 400 milliards FCFA, une somme que l'État ne peut mobiliser seul. Les partenaires financiers conditionnent leur aide à un accord avec le FMI, ce qui pousse Dakar à solliciter le secteur privé national.
La pièce maîtresse de la stratégie reste le gaz. Le projet Yaakar Terang prévoit l'arrivée du gaz dans les centrales électriques entre fin 2028 et début 2029. Ce pilier "Gas to Power" vise à stabiliser le réseau et réduire la dépendance aux importations de pétrole. Mais son financement et sa réalisation dans les délais dépendent de la bonne exécution des projets pétroliers et gaziers en cours, notamment le champ Sangomar et le projet Grand Tortue Ahmeyim.
Le gouvernement se trouve ainsi pris dans une équation délicate. À court terme, il préserve le pouvoir d'achat via des subventions massives, mais creuse le déficit budgétaire. À moyen terme, il mise sur le gaz pour transformer le mix électrique, mais les investissements requis sont colossaux et les délais incertains. L'audit annoncé devra trancher entre maintien des subventions et libéralisation des prix, sous la pression du FMI et des réalités budgétaires.
Le cas sénégalais illustre une tension récurrente dans les économies ouest-africaines émergentes : comment utiliser les ressources énergétiques pour amorcer un développement durable sans compromettre la stabilité sociale ? La réponse passe par une mobilisation de financements innovants et une gestion rigoureuse des arbitrages politiques. D'autres pays producteurs de la région, comme le Ghana ou la Côte d'Ivoire, observent avec attention l'expérience sénégalaise, qui pourrait servir de modèle ou de contre-exemple.