Le 17 juillet, le Royaume-Uni a imposé des sanctions à 11 entités impliquées dans le commerce illicite de l'or soudanais, accusé de financer les deux camps de la guerre civile. Cette décision, qui cible des circuits évalués à plusieurs milliards de dollars, intervient dans un contexte où l'Afrique de l'Ouest, premier exportateur aurifère du continent, voit ses propres chaînes d'approvisionnement sous pression croissante. Elle révèle les fragilités persistantes de la gouvernance minière régionale.

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L'or soudanais, miroir des fragilités ouest-africaines

Les sanctions britanniques contre les réseaux d'or illicite au Soudan mettent en lumière un phénomène qui dépasse largement les frontières de ce pays. Le Soudan, troisième producteur d'or du continent avec un record de 70 tonnes en 2025, voit son or servir de carburant à un conflit qui a déjà causé environ 200 000 morts et déplacé 11 millions de personnes. Les circuits clandestins, transitant par Dubaï et Hong Kong, rappellent ceux qui irriguent certaines filières aurifères ouest-africaines, où la traçabilité reste lacunaire.

La filière or ouest-africaine sous pression

L'Afrique de l'Ouest, premier producteur d'or du continent avec des pays comme le Ghana, le Mali, le Burkina Faso et la Côte d'Ivoire, est confrontée à des défis similaires. En mai 2026, la multinationale Trafigura a signé un accord d'achat avec Heath Goldfields pour la mine ghanéenne de Bogoso-Prestea, illustrant l'intérêt des grands traders pour la région. Mais cette présence accrue des intermédiaires internationaux, couplée à une part importante d'exploitation artisanale et à petite échelle, pose la question de la transparence des flux.

Des dynamiques de souveraineté contrastées

Parallèlement, certains États ouest-africains tentent de renforcer leur contrôle sur les ressources extractives. Le régime militaire du Niger, arrivé au pouvoir en juillet 2023, mène une politique souverainiste visant à mieux capter les revenus du pétrole et de l'uranium. Cette approche contraste avec la situation au Soudan, où les revenus de l'or échappent largement au contrôle de l'État. Les sanctions britanniques pourraient inciter les gouvernements ouest-africains à accélérer les réformes de gouvernance minière pour éviter de se retrouver dans le collimateur des régulateurs internationaux.

Des hubs financiers au cœur des réseaux

Les sanctions ciblent des entreprises basées aux Émirats arabes unis et à Hong Kong, deux plaques tournantes du commerce aurifère mondial. Ces hubs jouent également un rôle clé dans les flux d'or ouest-africain, souvent via des chaînes d'approvisionnement complexes qui rendent difficile la distinction entre or légal et illicite. La ministre britannique Yvette Cooper a souligné que « le peuple soudanais continue de payer le prix d'une guerre alimentée par les flux illicites d'or et de capitaux », un avertissement qui résonne aussi pour les zones de conflit au Sahel.

Vers une régulation renforcée des filières aurifères ?

L'annonce britannique s'inscrit dans une tendance plus large de renforcement des dispositifs de traçabilité et de due diligence, portés par des initiatives comme le London Bullion Market Association ou les directives de l'OCDE. Pour les États ouest-africains, l'enjeu est double : améliorer la capture des revenus miniers tout en garantissant que leurs filières ne financent pas des conflits ou des réseaux criminels. La pression internationale pourrait accélérer l'adoption de mécanismes régionaux, à l'image de la certification du Processus de Kimberley pour les diamants.

Les sanctions britanniques contre l'or soudanais ne sont pas un événement isolé. Elles préfigurent une exigence accrue de transparence sur les chaînes d'approvisionnement aurifères mondiales, dont l'Afrique de l'Ouest est un maillon essentiel. La région doit désormais concilier sa position de leader producteur avec des standards internationaux plus stricts, sous peine de voir ses propres filières être scrutées de près par les régulateurs et les marchés.