Le 29 avril, le Centre ouest-africain des politiques publiques (COAPP) a officiellement lancé ses activités au Sénégal, avec pour mission d'améliorer l'efficacité des politiques publiques dans la sous-région. Ce lancement intervient dans un contexte où les États ouest-africains, confrontés à des défis sécuritaires et à une gestion souvent perfectible des ressources naturelles, cherchent à optimiser leurs revenus miniers et pétroliers. Le COAPP pourrait jouer un rôle clé dans la mise en œuvre des stratégies nationales de développement, notamment dans le secteur extractif.
Le COAPP se positionne comme un acteur de recherche et d'appui technique aux institutions publiques. Son premier rapport révèle un paradoxe majeur : des stratégies de développement bien conçues sur le papier, mais une exécution limitée. Ce constat est particulièrement criant dans le secteur minier, où de nombreux pays d'Afrique de l'Ouest disposent de codes miniers attractifs et de plans de valorisation des ressources, mais peinent à les mettre en œuvre. Les conséquences sont une perte de revenus fiscaux, une faible transformation locale, et des conflits récurrents avec les communautés.
La dégradation du contexte sécuritaire, soulignée par le rapport, oblige les États à consacrer une part croissante de leurs budgets aux dépenses militaires, souvent au détriment des secteurs productifs comme l'éducation ou la santé. Dans les zones aurifères du Sahel, l'insécurité freine l'exploration et l'exploitation, tandis que l'or artisanal échappe largement au contrôle étatique. Le COAPP pourrait aider à concevoir des politiques intégrant sécurité et développement minier, afin de stabiliser les régions productrices et d'accroître les recettes.
Pour les investisseurs miniers, la qualité des politiques publiques est un facteur déterminant. Un cadre réglementaire stable, une fiscalité prévisible et une administration efficace sont essentiels pour sécuriser les capitaux. Le COAPP, en renforçant les capacités des institutions nationales et en produisant des notes stratégiques, peut contribuer à réduire les lourdeurs bureaucratiques et à harmoniser les pratiques entre pays. Cela renforcerait l'attractivité de la région face à d'autres destinations minières.
Au-delà du seul secteur minier, le lancement du COAPP témoigne d'une prise de conscience régionale : la qualité de l'action publique est un levier de développement économique. En favorisant le partage d'expériences entre pays membres – notamment le Sénégal, le Burkina Faso, le Mali et la Côte d'Ivoire – ce centre pourrait devenir un catalyseur de réformes. Son approche pragmatique, axée sur la recherche et l'appui technique, tranche avec les discours politiques souvent incantatoires.
La réussite du COAPP dépendra de sa capacité à passer de la production de connaissances à une influence réelle sur les politiques. Si ses recommandations sont suivies d'effets, il pourrait contribuer à une meilleure gouvernance des ressources extractives, avec des retombées significatives sur les budgets publics et l'investissement privé. Le chemin est encore long, mais l'initiative ouvre une voie prometteuse pour une Afrique de l'Ouest plus efficace dans la gestion de ses richesses.
L'émergence du COAPP s'inscrit dans une tendance plus large de recherche d'efficacité dans l'action publique en Afrique de l'Ouest. Alors que la région doit faire face à des défis sécuritaires et économiques complexes, la capacité à transformer les stratégies en résultats concrets déterminera sa trajectoire de développement. Le secteur minier, par son poids économique et ses enjeux de souveraineté, sera un test décisif pour ce nouveau centre.