La Chine a importé près d'un million de tonnes de minerai phosphaté au premier semestre 2026, soit 29,66 % de plus qu'en 2025, selon Shanghai Metals Market. Le Maroc figure parmi les six fournisseurs étrangers appelés à combler le déficit structurel chinois. Ce basculement intervient alors que les tensions sur le marché mondial des engrais persistent et que l'Afrique de l'Ouest tente de renforcer sa souveraineté alimentaire.
La Chine mise sur le Maroc
Quel avenir pour l'Afrique de l'Ouest ?
(1er semestre 2026 vs 2025)
Chine : d'exportateur à importateur net
Prévision SMM : 1,7 à 2 Mt en 2026
Les six fournisseurs étrangers de la Chine
OCP (Maroc) : acteur incontournable
Accord BAD de 450 M€ (mai 2026) pour renforcer capacités engrais
OCP investit en Afrique de l'Ouest
Objectif : souveraineté alimentaire ouest-africaine
En bref
L'évolution du marché chinois et le rôle du Maroc
La Chine, qui était encore exportateur net de phosphate il y a trois ans, est devenue en 2023 un importateur net. La cause ? Une part croissante de minerai à faible teneur dans ses gisements domestiques et l'essor des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), gourmandes en phosphate de qualité. Selon SMM, les importations nettes de minerai devraient atteindre entre 1,7 et 2 millions de tonnes en 2026, un record historique. Dans ce contexte, le Maroc – via OCP – s'impose comme un acteur incontournable, aux côtés de l'Égypte, de la Jordanie, du Kazakhstan, du Pérou et de l'Algérie.
L'accord de garantie partielle de crédit de 450 millions d'euros signé en mai 2026 entre la Banque africaine de développement et OCP illustre la stratégie du groupe marocain : renforcer ses capacités de production d'engrais pour répondre à la demande mondiale, notamment africaine. OCP investit dans des usines de transformation au Nigeria, en Éthiopie et au Ghana, intégrant verticalement sa chaîne de valeur.
Les répercussions pour l'Afrique de l'Ouest : entre opportunité et dépendance
Pour les pays ouest-africains producteurs de phosphate – Sénégal (ICS), Togo – la montée en puissance du Maroc comme fournisseur de la Chine crée une double dynamique. D'un côté, la demande chinoise soutient les prix mondiaux, ce qui peut améliorer les recettes d'exportation locales. De l'autre, OCP, fort de ses coûts d'extraction parmi les plus bas au monde, concurrence directement les filières régionales. Le Sénégal, qui a relancé ses mines en 2024 après des années de difficultés, pourrait voir ses parts de marché grignotées sur le segment du minerai brut.
Par ailleurs, la stratégie d'OCP de livrer des engrais transformés plutôt que du minerai brut réduit l'espace pour les industries locales de valorisation. Le Togo, qui mise sur une raffinerie de phosphate, doit composer avec l'offre marocaine déjà bien implantée dans la sous-région. La perturbation du détroit d'Ormuz, évoquée dans les alertes de mai 2026, a rappelé la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales et renforcé l'attrait des sources stables comme OCP.
Un enjeu géopolitique pour la souveraineté régionale
La dépendance croissante de la Chine au phosphate marocain n'est pas neutre pour l'Afrique de l'Ouest. Elle conforte le Maroc dans son rôle de pivot africain du secteur, avec des implications géopolitiques : OCP dispose d'une influence directe sur les prix et les volumes d'engrais dans la région, ce qui touche à la souveraineté alimentaire d'États déjà fragiles. En parallèle, les projets d'engrais locaux – comme l'usine de granulats phosphatés au Sénégal – peinent à décoller sans financement ni technologie.
Les gouvernements ouest-africains sont donc face à un dilemme : s'appuyer sur OCP pour sécuriser des intrants à court terme, ou soutenir leurs propres industries extractives pour capter une plus grande valeur ajoutée. Les données de SMM indiquent que la tendance chinoise à importer du minerai plutôt que des produits transformés pourrait offrir une fenêtre aux producteurs régionaux capables de fournir un minerai de qualité. Mais à terme, la concentration de l'offre autour de quelques acteurs, dont OCP, pourrait renforcer les asymétries.
La question du phosphate dépasse ainsi le simple commerce : elle engage la capacité des pays ouest-africains à maîtriser leur chaîne de valeur agricole, dans un contexte de volatilité des marchés et de tensions géopolitiques.
La course au phosphate chinois redessine les équilibres mondiaux. Pour l'Afrique de l'Ouest, elle pose la question de l'insertion dans des chaînes de valeur dominées par un acteur régional majeur. Entre opportunité d'exportation et risque de dépendance, les choix industriels des prochaines années seront décisifs pour la souveraineté alimentaire de la région.