Les 27 États membres de l'Union européenne n'ont pas réussi à adopter un 21e paquet de sanctions contre la Russie le 15 juillet 2026, en raison du veto grec sur le transport du gaz et du pétrole russes. Cet échec intervient alors que le Sénégal, grâce au champ Sangomar, s'apprête à devenir un acteur majeur du gaz naturel liquéfié (GNL) en Afrique de l'Ouest. Depuis mai, Dakar a signé un accord avec l'Institut algérien du pétrole pour former ses cadres, signe d'une montée en puissance technique qui coïncide avec une fenêtre d'opportunité sur le marché européen.

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Un blocage européen qui fragilise l'architecture des sanctions

Le veto grec a révélé les fissures au sein de l'UE sur la question énergétique. Athènes exigeait une exemption pour ses armateurs, qui contrôlent près d'un quart des méthaniers de GNL mondiaux. Sans cette dérogation, les navires grecs ne pourraient plus transporter le gaz russe vers les pays tiers, ce qui aurait réduit les flux de Moscou. Les 26 autres États ont dû se contenter d'un prolongement du plafonnement du prix du pétrole russe à 44 dollars le baril, jusqu'au 23 juillet. Mais cette trêve est précaire : d'ici sept jours, il faudra trouver un compromis sur les visas russes et les actifs gelés de Raiffeisen Bank, Vienne bloquant également.

Ce blocage a des répercussions directes sur les marchés énergétiques mondiaux. Si le plafonnement expire, le prix du pétrole russe pourrait grimper à 65 dollars, redonnant des marges à Moscou. Mais pour les pays africains producteurs, un prix du pétrole plus élevé est une bonne nouvelle : il augmente leurs recettes d'exportation. Le Sénégal, qui vient de lancer la production sur le champ Sangomar, pourrait ainsi bénéficier d'un contexte de prix favorable, à condition que la demande européenne se tourne vers d'autres fournisseurs.

La formation des cadres sénégalais : un enjeu de souveraineté

Le 17 mai 2026, l'Institut algérien du pétrole a signé une convention avec son homologue sénégalais pour former les cadres de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen). Cet accord, passé presque inaperçu, révèle la stratégie de Dakar : maîtriser la chaîne de valeur en amont. Plutôt que de dépendre exclusivement des compagnies étrangères comme Woodside Energy (opérateur de Sangomar), le Sénégal veut internaliser les compétences techniques. L'Algérie, riche de son expérience pétrolière via Sonatrach, devient un partenaire naturel pour former une nouvelle génération d'ingénieurs sénégalais.

Cette montée en compétence est d'autant plus cruciale que le Sénégal ambitionne d'exporter du GNL vers l'Europe. Or, l'UE cherche à diversifier ses approvisionnements depuis l'invasion de l'Ukraine. Mais le veto grec montre que cette diversification n'est pas linéaire : les intérêts des armateurs grecs, liés au gaz russe, freinent la transition vers d'autres sources.

Sangomar : un atout dans un marché fragmenté

Sangomar, premier champ pétrolier en eaux profondes du Sénégal, a commencé sa production en 2024. Avec une capacité de 100 000 barils par jour, il pourrait générer plusieurs milliards de dollars de recettes sur sa durée de vie. Mais le contexte de 2026 est différent de celui de 2024 : les prix du pétrole oscillent autour de 70 dollars, et l'offre mondiale reste abondante. Le Sénégal doit donc se positionner non seulement sur le pétrole, mais aussi sur le GNL, avec le projet Grand Tortue Ahmeyim (en partenariat avec la Mauritanie). Ce gisement de gaz, l'un des plus importants d'Afrique de l'Ouest, pourrait fournir du GNL à l'Europe dès 2027.

Cependant, l'incapacité de l'UE à maintenir une ligne dure contre la Russie pourrait ralentir l'empressement des acheteurs européens à signer des contrats à long terme avec de nouveaux fournisseurs africains. Les tergiversations européennes créent une incertitude qui pèse sur les investissements gaziers.

L'équilibre régional ouest-africain

Le Sénégal n'est pas seul dans cette course. L'Eswatini, pays d'Afrique australe, a annoncé en mai la construction d'une réserve stratégique de pétrole, signe que les États africains anticipent des perturbations d'approvisionnement. En Afrique de l'Ouest, le Ghana produit déjà du pétrole, et la Côte d'Ivoire explore ses blocs. Mais le Sénégal a l'avantage de pouvoir compter sur un cadre politique stable et sur une stratégie de formation accélérée.

La coopération avec l'Algérie, un pays non membre de l'OPEP, offre au Sénégal une passerelle diplomatique. Alger, qui est aussi un producteur de gaz, voit d'un bon œil l'émergence d'un allié ouest-africain sur le marché du GNL, d'autant que la concurrence du Qatar et des États-Unis est féroce.

Alors que l'Europe tergiverse sur ses sanctions, le Sénégal poursuit sa mue énergétique. La formation de ses cadres et le développement de Sangomar sont des piliers d'une souveraineté encore fragile. Mais la dépendance aux marchés européens et aux prix mondiaux reste un facteur de vulnérabilité. L'avenir dira si Dakar réussira à transformer son pétrole en levier de développement durable, ou si la volatilité géopolitique mondiale en limitera les retombées.