Le Sénégal a signé le 14 septembre 2026 à Bangkok, en marge de Gastech 2026, un protocole d'accord avec l'italien Eni portant sur l'évaluation de cinq blocs offshore, selon le ministère de l'Énergie et du Pétrole cité par l'Agence Ecofin et sikafinance.com. Trois jours plus tôt, l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) révélait une inflation de 1,2 % sur un an en août, portée par l'alimentation, les services et le transport. La coïncidence de ces deux annonces dessine l'équation d'une économie qui monte en puissance dans les hydrocarbures tout en absorbant les effets prix d'une rente encore jeune.

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Un nouveau cycle d'exploration s'ouvre

Le protocole d'accord signé le 14 septembre 2026 à Bangkok, en marge du salon Gastech 2026, porte sur cinq blocs offshore identifiés comme SN01M, SN02M, SN03M, SN07M et SN40M, rapporte l'Agence Ecofin en citant Reuters. Le ministre de l'Énergie et du Pétrole, El Hadji Abdourahmane Diouf, y voit l'ouverture d'« une nouvelle phase d'études et de discussions, avec PETROSEN comme partenaire technique », selon des propos repris par sikafinance.com. Eni financera à ses frais un programme d'études techniques, comprenant l'analyse de données sismiques 2D et 3D ainsi que l'exploitation des données de puits disponibles, précise l'APAnews. L'accord ne prévoit toutefois aucun forage à ce stade, souligne l'Agence Ecofin.

Ce dispositif juridique est d'une portée limitée : il ne s'agit pas d'un contrat de partage de production mais d'une évaluation préliminaire. Sa portée stratégique est en revanche plus large. Eni, qui n'avait jusqu'ici aucune activité d'exploration ou de production au Sénégal, est un acteur déjà solidement implanté sur le continent : d'après l'Agence Ecofin, la major produit plus de la moitié de ses hydrocarbures en Afrique et opère dans quatorze pays africains, parfois depuis plusieurs décennies. Elle a multiplié les accords ces derniers mois : en juin 2026, elle a obtenu une licence d'exploration offshore en Gambie, et la Guinée lui a attribué la même semaine des permis de reconnaissance couvrant quinze blocs en mer. Début septembre 2026, Eni et son partenaire Vitol ont également conclu deux accords supplémentaires, selon la même source.

Sangomar et GTA : une montée en cadence à deux vitesses

L'intérêt d'Eni pour le bassin sénégalais intervient alors que deux projets structurants sont entrés en production. Le champ pétrolier de Sangomar, opéré par Woodside, a franchi une nouvelle étape en août 2026 avec l'expédition de trois cargaisons de brut, selon l'APAnews. Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), développé conjointement avec la Mauritanie et opéré par l'américain Kosmos Energy aux côtés de bp, a démarré sa production commerciale début 2025. Sa première phase repose sur une unité flottante de liquéfaction capable de traiter environ 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an, précise africtelegraph.com. Le partage des ressources entre Dakar et Nouakchott est paritaire, une architecture rare dans l'industrie extractive ouest-africaine, souligne la même source.

Ces deux projets ne produisent pas les mêmes effets fiscaux à court terme. Sangomar génère des cargaisons de brut dont la commercialisation alimente directement les recettes de l'État, tandis que GTA, en phase de montée en cadence, exige encore des investissements et une montée en régime technique. Kosmos Energy indique que la production progresse vers son plateau nominal, après une mise en service achevée en 2025 et les premières cargaisons expédiées.

Des recettes en hausse, des partenaires sous pression

Les chiffres publiés en août 2026 par le Comité national de l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (CN-ITIE), et relayés par SenePlus, éclairent la structure de la rente. Les revenus issus de la commercialisation de la part de production d'hydrocarbures revenant à l'État ont atteint 37,5 milliards de francs CFA au premier semestre 2025, sur un total de recettes extractives déclarées de 303,02 milliards de francs CFA, dont 293,24 milliards reversés au budget de l'État. Entre les six premiers mois de 2024 et ceux de 2025, les recettes pétrolières ont bondi de 74,22 %, passant de 43,55 milliards à 75,87 milliards de francs CFA. PETROSEN concentre à elle seule environ 37,85 milliards de francs CFA, soit 49,89 % du total.

Cette progression masque toutefois des dynamiques contrastées. Les contributions déclarées par Woodside et BP Sénégal ont respectivement reculé de 12,15 % et 27,04 % sur la même période, selon le rapport du CN-ITIE. Thialy Faye, président du comité, voit dans la progression des revenus de l'État la confirmation du potentiel économique des nouveaux projets, dans un entretien accordé à l'Agence de presse sénégalaise et cité par SenePlus. La structure de la rente se déplace donc : la part publique progresse plus vite que celle des opérateurs privés, ce qui n'est pas nécessairement le signe d'une meilleure captation mais peut refléter le calendrier des investissements et des récupérations de coûts.

Ce qui a changé depuis août 2026

Les publications antérieures permettent de mesurer la progression. Le 7 août 2026, africtelegraph.com rapportait que Kosmos Energy actualisait l'avancement de GTA, avec une production progressant vers son plateau nominal. Le 13 août 2026, SenePlus relayait les résultats semestriels de PETROSEN et les données du CN-ITIE. Le 20 août 2026, la même source relevait qu'ExxonMobil engageait 1,1 milliard de dollars sur le projet Rovuma LNG au Mozambique, aux côtés d'Eni et du chinois CNPC, pour deux trains de liquéfaction d'une capacité combinée d'environ 15 millions de tonnes par an. Cette dernière annonce rappelle que la compétition pour les capitaux gaziers en Afrique est intense : le Mozambique, le Sénégal et la Mauritanie, la Gambie et la Guinée attirent les mêmes opérateurs.

Depuis ces publications, deux inflexions sont intervenues. D'abord, l'accord du 14 septembre 2026 avec Eni confirme que Dakar veut élargir son bassin au-delà des blocs déjà attribués, en s'appuyant sur un acteur qui connaît les cycles longs de l'exploration africaine. Ensuite, la publication du 10 septembre 2026 par l'ANSD d'une inflation de 1,2 % sur un an en août introduit une variable que les analyses sectorielles avaient jusqu'ici peu intégrée : le coût intérieur de la rente.

L'inflation, angle mort de la rente

Selon l'ANSD, citée par l'Agence Ecofin, les prix à la consommation ont augmenté de 1,2 % sur un an en août 2026 et de 2,0 % sur un mois. L'alimentation et les boissons non alcoolisées ont progressé de 1,4 % sur un an, les services de restaurants et d'hébergement de 2,2 %, et les soins personnels, la protection sociale et les biens divers de 2,5 %. Dans le détail mensuel, l'alimentation ressort à 3,9 % et le transport à 2,1 %. Cette évolution intervient en pleine période de soudure, qui s'accompagne d'une dégradation de la situation alimentaire dans plusieurs départements du pays, précise l'Agence Ecofin.

Le lien entre rente pétro-gazière et inflation n'est ni mécanique ni immédiat. Une économie qui reçoit des devises supplémentaires peut voir sa monnaie se renforcer ou ses importations s'accélérer, mais les effets dépendent de la structure de la consommation et des politiques budgétaires. Ce que les données de l'ANSD suggèrent, c'est que la hausse des prix dans l'alimentation, les services et le transport coïncide avec un cycle d'investissement pétro-gazier intense, qui stimule la demande intérieure et les coûts logistiques. Le renchérissement des carburants, mentionné par l'Agence Ecofin, renvoie par ailleurs à la question de la transmission des prix internationaux du brut aux consommateurs locaux, dans un pays qui produit désormais du pétrole mais continue d'importer des produits raffinés.

Une diversification régionale qui rebat les cartes

Le mouvement d'Eni au Sénégal s'inscrit dans une recomposition plus large. La même semaine de juin 2026, la Guinée a attribué à la major italienne des permis de reconnaissance couvrant quinze blocs en mer, et Eni a obtenu une licence d'exploration offshore en Gambie, rapporte l'Agence Ecofin. Cette densification des positions d'un même acteur dans le golfe de Guinée et au large de l'Afrique de l'Ouest crée un réseau d'intérêts qui peut accélérer les synergies techniques, mais concentre aussi les risques et les capacités d'évaluation sur un nombre restreint d'opérateurs.

Parallèlement, l'exemple gabonais, rapporté par tvplusafrique.com le 7 août 2026, montre qu'un pays dont la production de brut recule peut chercher à basculer vers le potentiel minier pour bâtir un nouveau moteur de croissance. Le Sénégal, dont la production pétro-gazière est récente, n'est pas encore confronté à cette échéance, mais la question de la soutenabilité de la rente se pose dès aujourd'hui : les recettes pétrolières ont augmenté de 74,22 % entre les premiers semestres 2024 et 2025, une progression qui ne pourra pas se répéter indéfiniment au même rythme.

Un test de crédibilité pour la nouvelle gouvernance

Le contexte politique ajoute une dimension à l'analyse. Depuis l'arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, la maîtrise des ressources extractives est devenue un marqueur politique, rappelle africtelegraph.com. La renégociation des contrats, la transparence des revenus et la part de l'État dans les projets sont devenues des enjeux de légitimité. L'accord avec Eni, qui ne prévoit ni forage ni engagement de production à ce stade, teste la capacité de Dakar à attirer des capitaux tout en préservant sa marge de négociation. Le fait qu'Eni finance elle-même les études préliminaires réduit le risque financier immédiat pour l'État, mais laisse ouverte la question de la répartition future des revenus si les blocs s'avèrent productifs.

À plus long terme, la trajectoire sénégalaise dépendra de la capacité à transformer une rente naissante en base productive diversifiée. Les recettes pétrolières de 75,87 milliards de francs CFA au premier semestre 2025, dont 37,85 milliards pour PETROSEN, représentent une manne significative mais encore modeste à l'échelle du budget national. La montée en cadence de GTA, la régularité des cargaisons de Sangomar et l'ouverture de nouveaux blocs détermineront si le Sénégal parvient à stabiliser ses recettes avant que la pression démographique et les besoins d'investissement ne rendent la rente insuffisante.

La séquence du 14 septembre 2026 illustre une tension structurelle : le Sénégal accélère l'exploration pour élargir sa base de ressources, tandis que l'inflation de 1,2 % sur un an rappelle que les effets domestiques de la rente ne se limitent pas aux recettes budgétaires. La question qui se pose désormais n'est pas de savoir si le pays produira davantage d'hydrocarbures, mais à quel rythme les revenus pourront être transformés en capacités productives et en stabilité des prix. Entre la concurrence des autres bassins africains, la montée en cadence de GTA et la pression sur les prix alimentaires, la marge de manœuvre de Dakar se joue sur plusieurs horizons simultanés.