Woodside Energy et l'État du Sénégal explorent le développement de la phase 2 du champ Sangomar, après une production 2025 supérieure de 18% aux prévisions. L'ancien directeur général de Petrosen, Mamadou Faye, évoque des ressources multipliées par dix si cette étape est menée dans les normes. Une perspective qui redessine les marges budgétaires de Dakar alors que le pays vient de connaître un changement de gouvernement.
Une rente décuplée en vue ?
Woodside Energy et l'État du Sénégal explorent la phase 2 du champ Sangomar. La production 2025 a dépassé les prévisions de 18%, ouvrant la voie à des ressources potentiellement multipliées par dix.
Chronologie du projet
Les acteurs clés
Contexte budgétaire
Le Sénégal fait face à des tensions budgétaires liées à la hausse des dépenses publiques. La phase 2 de Sangomar pourrait redessiner les marges budgétaires de Dakar, alors que le pays vient de connaître un changement de gouvernement.
« Les réservoirs inférieurs S500 se comportent mieux que prévu »
Les discussions en cours entre l'opérateur australien Woodside, la compagnie nationale Petrosen et le gouvernement sénégalais sur une éventuelle phase 2 du projet Sangomar ne doivent rien au hasard. Les résultats du premier trimestre et du deuxième trimestre 2026, révélés dans le rapport de l'opérateur, montrent une production moyenne proche de 99 000 barils par jour, avec un taux de fiabilité de 99,3%. En 2025, le champ a produit 36,1 millions de barils, dépassant l'objectif initial de 30,53 millions. Cette performance, validée par la PDG de Woodside, Liz Westcott, confirme que les réservoirs inférieurs S500 se comportent mieux que prévu, tandis que l'évaluation des réservoirs supérieurs S400 se poursuit.
Une performance qui change la donne budgétaire
Pour le ministère de l'Économie et des Finances, dirigé par Cheikh Diba, cette annonce tombe à point nommé. Le Sénégal, comme plusieurs pays de la région, doit faire face à des tensions budgétaires liées à la hausse des dépenses publiques et à la persistance de déficits. La perspective d'une phase 2, qui pourrait décupler les ressources tirées des hydrocarbures selon Mamadou Faye, ancien directeur général de Petrosen, offre une bouffée d'oxygène à moyen terme. Mais elle place aussi le pays face à un défi classique des économies extractives : la transformation d'une aubaine ponctuelle en levier de développement durable.
Les nouveaux visages de l'administration sénégalaise, nommés début juin dans le gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lo, semblent avoir intégré cet enjeu. L'arrivée d'Abdourahmane Diouf au ministère de l'Énergie et du Pétrole, et de Cheikhou Oumar Seck au ministère des Mines et de la Géologie, témoigne d'une volonté de renforcer le pilotage politique du secteur. Leur profil technique pourrait faciliter les négociations avec Woodside, mais aussi rééquilibrer un partenariat où l'opérateur australien conserve une large marge de manœuvre.
La récente cession du projet RSSD, qui a valu à la société FAR un bonus de 55 millions de dollars, illustre par ailleurs la vitalité du marché des actifs pétroliers au Sénégal. Ce mouvement de consolidation, qui voit des acteurs juniors céder leurs parts à des opérateurs plus solides, modifie l'équilibre des forces. Il pose en creux la question de la capacité de l'État à suivre ces transferts, à préserver ses intérêts patrimoniaux et à garantir que les bénéfices attendus profitent effectivement aux finances publiques.
Souveraineté ne signifie pas rejet des investisseurs étrangers, mais plutôt capacité à imposer des règles claires. La négociation à venir sur la phase 2 de Sangomar sera un test décisif. Les discussions avec Petrosen et le gouvernement portent à la fois sur la valorisation des réserves, les conditions de partage de la production et les retombées locales. Woodside, qui a déjà investi massivement, cherchera à optimiser ses rendements ; Dakar devra arbitrer entre attractivité et équité.
Au-delà du cas sénégalais, ce dossier résonne dans une Afrique de l'Ouest où plusieurs pays entrent ou s'enfoncent dans l'ère des hydrocarbures. Le Sénégal, aux côtés de la Mauritanie avec le projet GTA, devient un pôle émergent du pétrole et du gaz offshore. Cette position confère un poids diplomatique nouveau, mais attire aussi les convoitises des grandes puissances et des fonds souverains. La gestion de Sangomar phase 2 devrait ainsi être observée à l'aune de la gouvernance régionale de la rente, entre promesses de développement et risques de malédiction des ressources.
L'histoire énergétique du Sénégal reste cependant marquée par une série de virages récents : lancement de la production en 2024, premières exportations, ajustements institutionnels. La phase 2, si elle se confirme, représentera un changement d'échelle inédit. Mais les leçons des autres pays producteurs, du Nigeria au Ghana, rappellent que les ressources naturelles ne deviennent un atout pour le développement que lorsqu'elles s'accompagnent de réformes structurelles, de transparence et de mécanismes de lissage budgétaire. Les mois à venir diront si le Sénégal, fort de ces retours d'expérience, saura transformer cette promesse en réalité partagée.
Alors que les négociations sur la phase 2 de Sangomar s'engagent, le Sénégal se trouve à un carrefour où se jouent à la fois son avenir budgétaire, sa crédibilité internationale et la manière dont il inscrira sa production d'hydrocarbures dans une stratégie régionale en pleine refonte. La question n'est plus seulement de savoir combien de barils sortiront du sous-sol, mais comment cet or noir sera converti en infrastructures, en capital humain et en résilience économique pour les générations futures.