En mai 2026, le Sénégal a exporté 2,93 millions de barils de pétrole brut depuis le champ de Sangomar et quatre cargaisons de GNL (0,66 million de m³) depuis Grand Tortue Ahmeyim (GTA). Ces chiffres, rendus publics le 8 juin, marquent une étape décisive dans la concrétisation de la stratégie énergétique du pays, engagée depuis le début de l’exploitation commerciale en 2024. Ils interviennent dans un contexte géopolitique tendu où la guerre en Irak perturbe les flux via Ormuz, renforçant l’attrait des nouvelles sources d’approvisionnement africaines.

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Sangomar : une production qui tient ses promesses

Le champ pétrolier offshore de Sangomar, opéré par Woodside, a démontré une constance remarquable. Les trois cargaisons chargées en mai représentent un rythme de production proche de 95 000 barils par jour, conforme aux prévisions des opérateurs. Cette performance repose sur une disponibilité élevée des installations et une gestion maîtrisée des opérations, gage de crédibilité pour un pays qui fait ses premiers pas dans le club des producteurs. Depuis le démarrage, la courbe de production n’a pas connu d’incident majeur, contrairement à certains projets voisins.

Cette régularité est d’autant plus stratégique que le marché pétrolier mondial est secoué par les conséquences du conflit au Moyen-Orient. L’Irak, qui exportait 93 millions de barils par mois via le détroit d’Ormuz, n’en a expédié que 10 millions en avril 2026. Dans ce déséquilibre, chaque baril africain supplémentaire devient un actif géopolitique. Le Sénégal, neutre et stable, offre une alternative crédible aux acheteurs asiatiques et européens en quête de diversification.

GTA : le gaz comme relais de croissance

Le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim, développé conjointement avec la Mauritanie, confirme également sa montée en puissance. Les quatre cargaisons de GNL exportées en mai (0,66 million de m³) témoignent de la fiabilité des infrastructures de liquéfaction flottante. Si le rythme reste encore en deçà du plateau attendu, la progression est nette par rapport aux premiers mois d’exploitation. La coordination transfrontalière, souvent pointée comme un risque, semble pour l’instant bien rodée.

Ce développement gazier s’inscrit dans une ambition plus large de faire du Sénégal un hub énergétique régional. Alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana peinent à maintenir leur production, le tandem Sangomar-GTA positionne Dakar comme un fournisseur fiable, capable d’exporter à la fois brut et GNL. La régularité des expéditions constatée en mai renforce la crédibilité du pays auprès des traders et des compagnies internationales.

Un cadre en évolution

Les performances opérationnelles interviennent dans un contexte politique marqué par la volonté affichée des autorités de reprendre le contrôle des ressources. En mai 2026, le gouvernement a réaffirmé sa détermination à renforcer le contenu local, comme en témoigne la mise en place d’un cadre légal dédié. La nomination récente d’un économiste, Ahmadou Alhaminou Mohamed LO, au poste de Premier ministre, souligne l’importance accordée à la gestion macroéconomique des revenus pétrogaziers.

Les défis restent immenses : transformer une rente extractive en développement durable, éviter la malédiction des ressources, et assurer une transition énergétique juste. Mais pour l’instant, les indicateurs techniques sont au vert. Les chiffres de mai 2026 ne sont pas seulement des statistiques ; ils sont la preuve que la « révolution pétrolière » sénégalaise n’est plus un projet, mais une réalité en marche.

Alors que le continent africain voit émerger de nouveaux producteurs (Namibie, Ouganda), le Sénégal se distingue par la complémentarité de ses filières pétrole et gaz. La stabilité politique relative du pays et sa position géographique en font un acteur attractif dans un monde énergétique en recomposition. Reste à savoir si les recettes générées parviendront à irriguer l’économie locale et à répondre aux attentes d’une population jeune, dans un contexte de dette souveraine déjà élevée.