En mars 2026, un rapport de Legs Africa pointait l’échec du contenu local : des marchés publics liés au gaz échappaient aux entreprises sénégalaises. Deux mois plus tard, alors que le pays traverse une crise politique avec le limogeage d’Ousmane Sonko, l’administration douanière organise le salon AFOGEX à Diamniadio pour relancer le débat. Au cœur des échanges : la capacité du Sénégal à faire de ses hydrocarbures un levier de souveraineté, alors que le baril de Brent dépasse 100 dollars et que la région cherche des alternatives au Moyen-Orient.
Un constat amer avant l’heure
Le think tank Legs Africa avait sonné l’alarme dès mars : sur un chantier de reconstruction de l’école Khary Mbengue à Saint-Louis, estimé à 450 millions de francs CFA, aucun prestataire local n’avait été retenu. Ce projet, pourtant emblématique des retombées attendues de l’exploitation gazière, illustrait le fossé entre les discours et les réalités du contenu local. Ce mécanisme, censé réserver une part des marchés aux entreprises et à la main-d’œuvre sénégalaises, butait sur des obstacles pratiques : capacité technique insuffisante, manque de financement, circuits d’approvisionnement encore dominés par des acteurs étrangers.
Le choc politique et le regain de tensions
Le 23 mai 2026, le limogeage d’Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye a plongé le pays dans une incertitude politique majeure. Ce séisme a des répercussions immédiates sur le climat des affaires : les investisseurs internationaux, déjà prudents sur le secteur pétrolier, observent avec attention la nouvelle donne. La nomination de Mouhamadou Al Amine au poste de Premier ministre le 25 mai n’a pas totalement dissipé les interrogations. Dans ce contexte, l’organisation d’AFOGEX du 27 au 28 mai apparaît comme une tentative de maintenir le cap sur les réformes structurelles.
AFOGEX : un message de continuité
Le salon Africa Oil-Gas Expo, sous le thème « Découvertes pétrolières et gazières au Sénégal : opportunités et défis », a permis aux autorités de réaffirmer leur attachement au contenu local. Ibrahima Sène, président du comité d’organisation, a insisté sur le fait que ce mécanisme est « un moteur de souveraineté économique ». Mamadou Sarr, conseiller technique du ministre de l’Industrie et du Commerce, a lui défendu l’ambition de « faire émerger une industrie sénégalaise forte autour des ressources pétrolières et gazières ». Ces déclarations visent à rassurer sur la stabilité des politiques publiques, mais elles ne masquent pas les défis structurels.
Le contexte régional : une pression accrue
À l’échelle ouest-africaine, la hausse du Brent au-dessus de 100 dollars depuis près de trois mois a poussé la plupart des voisins à ajuster les prix à la pompe, comme le rapporte Togo First. Le Sénégal, lui, cherche à tirer parti de ses propres ressources pour limiter sa dépendance aux importations. Pourtant, sans un contenu local efficace, la manne pétrolière pourrait, comme le craignent de nombreux observateurs, se transformer en malédiction, renforçant les inégalités et les frustrations.
Un pari sur l’avenir
La réussite du contenu local passe par des mesures concrètes : renforcement des capacités des PME, accès au crédit, transfert de technologies. Le salon AFOGEX a été l’occasion de lancer des appels à l’action, mais les résultats tangibles restent à venir. Le Sénégal doit concilier l’urgence de la production de Sangomar avec la nécessité de construire un tissu industriel national. La tentation est grande de céder aux pressions des majors pétrolières, mais les autorités semblent déterminées à ne pas reproduire les erreurs d’autres pays producteurs.
La question du contenu local au Sénégal dépasse le seul cadre du secteur extractif. Elle interroge la capacité des États ouest-africains à transformer des ressources naturelles en développement durable, dans un contexte de fragilité politique et de dépendance aux marchés mondiaux. Alors que la région regarde avec attention le modèle sénégalais, les prochains mois diront si les discours de Diamniadio se traduiront en actes, ou si le spectre de la malédiction des ressources l’emportera sur les ambitions de souveraineté.