La Libye a enregistré une production record de près de 1,49 million de barils par jour (bpj) en juin 2026, son plus haut niveau depuis 2013, selon la National Oil Corporation (NOC). Exemptée des quotas de l'OPEP+, cette renaissance pétrolière intervient après la signature de trois accords de partage de production avec des majors internationales, marquant le retour des investissements étrangers dans le pays. Ce rebond, le premier en dix-sept ans, redistribue les dynamiques régionales et pèse sur les stratégies des pays ouest-africains producteurs, déjà confrontés à une baisse de leurs parts de marché.

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Le 23 juin 2026, la NOC a annoncé une production totale de 1 487 723 bpj, dont 1 438 560 bpj de brut et 49 163 bpj de condensats. Ce niveau, le plus élevé depuis plus d'une décennie, rapproche le pays de son objectif de 1,5 million de bpj. Masoud Suleman, président de la NOC, a salué le travail des équipes techniques et des filiales, tout en soulignant que ce succès repose sur une relative stabilité sécuritaire et politique, après des années de conflit.

Cette performance place la Libye au rang des grands producteurs africains, juste derrière le Nigeria et l'Angola. Mais contrairement à ces derniers, le pays est exempté des quotas de l'OPEP+ en raison de l'instabilité passée. Cette exemption, qui pourrait être remise en question si la production se maintient, crée une tension latente au sein de l'alliance. Pour les pays membres comme le Nigeria – dont la production plafonne autour de 1,4 million de bpj –, la concurrence libyenne risque de réduire leurs marges sur un marché déjà bien approvisionné.

Les accords de partage de production : un signal fort

Le 15 juin, la Libye a signé trois accords de partage avec des consortiums internationaux : l'espagnol Repsol associé à Türkiye Petrolleri, l'italien Eni avec QatarEnergy, et le hongrois MOL. Ces signatures interviennent dans le cadre du premier appel d'offres d'exploration lancé par le pays depuis 2007. Ce retour des majors – après des années d'absence liée aux risques sécuritaires – témoigne d'une confiance renouvelée dans le potentiel du sous-sol libyen. Pour les compagnies, c'est aussi une opportunité de diversifier leurs approvisionnements face à la raréfaction des permis en Afrique de l'Ouest.

Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, cette dynamique est un signal d'alarme. Le Nigeria, premier producteur du continent, peine à attirer de nouveaux investissements en raison de l'incertitude réglementaire et des vols de brut. L'Angola, de son côté, voit sa production décliner faute de nouveaux gisements. La Libye, avec ses réserves de qualité (brut léger à faible teneur en soufre) et ses coûts d'extraction compétitifs, devient un concurrent redoutable sur le marché africain et méditerranéen.

Impact sur la souveraineté énergétique régionale

Au-delà de la concurrence, le retour libyen pose la question de la souveraineté énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Les pays comme le Niger, le Tchad ou le Ghana – qui misent sur de nouveaux projets pétroliers pour financer leur développement – pourraient voir leurs ambitions contrariées. Le pétrole libyen, en augmentant l'offre mondiale, exerce une pression baissière sur les prix, réduisant les marges des projets aux coûts plus élevés, comme ceux du bassin du Niger ou du bassin sédimentaire du Tchad.

Parallèlement, dans le secteur minier, d'autres signaux sont inquiétants. La société canadienne Global Atomic a annoncé le report à 2028 des premières livraisons d'uranium de son projet Dasa au Niger, en raison de difficultés de financement et de contexte sécuritaire. Ce contraste entre la Libye qui attire les investissements et les pays sahéliens qui les voient s'éloigner illustre une divergence croissante au sein du continent.

La stratégie des majors : entre prudence et opportunisme

Les groupes pétroliers internationaux adoptent une approche sélective en Afrique. Ils privilégient les pays offrant une stabilité politique relative et des conditions contractuelles attractives, comme la Libye avec ses accords de partage de production. À l'inverse, des pays comme le Nigeria ou l'Angola peinent à réformer leurs cadres fiscaux pour attirer les capitaux. Ce déséquilibre pourrait creuser les écarts de production et de revenus entre l'Afrique du Nord et l'Afrique de l'Ouest dans les années à venir.

Le retour en force de la Libye sur le marché pétrolier mondial n'est pas un événement isolé. Il s'inscrit dans une recomposition plus large des équilibres énergétiques africains, où la stabilité politique et la sécurité juridique deviennent les clés de l'attractivité. Pour les pays d'Afrique de l'Ouest, l'enjeu est double : maintenir leur compétitivité face à un voisin nord-africain renaissant, tout en gérant la transition énergétique qui pousse à diversifier leurs économies. La question n'est plus seulement de savoir combien de barils produire, mais comment et pour combien de temps.