Alors que TotalEnergies a proposé lundi du brut nigérian Bonny Light à un prix inférieur à la semaine précédente, le marché ouest-africain subit une pression accrue des ventes agressives d'ADNOC. Cette situation révèle une concurrence accrue entre les bruts africains et ceux du Moyen-Orient, dans un contexte où le Sénégal et la Mauritanie s'apprêtent à lancer leurs propres productions.

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Le marché pétrolier ouest-africain connaît un réajustement notable. TotalEnergies a proposé du brut Bonny Light à un prix correspondant au Brent daté majoré de 4,10 dollars, contre 6 dollars la semaine précédente, selon les données de LSEG. Cette baisse de l'écart, bien que modeste, illustre une tendance plus large : la pression exercée par les ventes au comptant de l'Abou Dabi National Oil Co (ADNOC), qui a lancé son huitième appel d'offres depuis début juin, avec au moins 14 millions de barils vendus à des raffineurs asiatiques.

Cette offensive commerciale du Moyen-Orient n'est pas nouvelle, mais elle s'intensifie à un moment charnière pour l'Afrique de l'Ouest. Le Nigeria, premier producteur de la région, voit ses marges se comprimer, tandis que de nouveaux acteurs émergent. Le Sénégal, avec le champ de Sangomar, et le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), partagé avec la Mauritanie, entrent progressivement en production. Ces développements, très attendus, vont accroître l'offre régionale, mais aussi exposer ces nouveaux volumes à une concurrence mondiale féroce, notamment sur le marché asiatique.

L'enjeu est de taille pour la souveraineté énergétique régionale. Les États ouest-africains comptent sur ces revenus pétroliers et gaziers pour financer leur développement. Or, la baisse des écarts de prix, conjuguée à une offre mondiale abondante, pourrait réduire les recettes attendues. Le Sénégal, qui a basé son budget sur des hypothèses de prix relativement optimistes, devra surveiller de près l'évolution des marchés. La mise en service de Sangomar, prévue pour 2024, puis le GTA, dont la première production est attendue en 2024-2025, intervient dans un environnement de prix instable, où l'OPEP+ tente de réguler l'offre.

Par ailleurs, la découverte de Chevron en Angola, dans le bloc 0, renforce la dynamique d'exploration en Afrique subsaharienne. Cette annonce, faite le même jour, souligne l'intérêt continu des majors pour la région, mais aussi leur stratégie d'exploration axée sur les infrastructures existantes. TotalEnergies, qui réinvestit les revenus de ses opérations africaines dans de nouveaux projets, illustre cette tendance. Cependant, cette présence accrue ne garantit pas une répartition équitable des bénéfices, et les questions de gouvernance et de transparence restent cruciales.

Dans ce contexte, les enjeux géopolitiques se multiplient. La concurrence entre les bruts ouest-africains et ceux du Moyen-Orient pourrait inciter les pays de la région à renforcer leur coopération, notamment au sein de l'OPEP+. Le Nigeria, membre de l'organisation, pourrait plaider pour une discipline accrue de la part des producteurs non-OPEP, comme le Sénégal. Mais les intérêts divergent : Dakar cherche à maximiser ses revenus à court terme pour financer ses infrastructures, tandis que Lagos doit gérer une production vieillissante et des problèmes de sécurité.

Par ailleurs, la question de l'orpaillage illégal, qui touche le Burkina Faso et le Mali, ajoute une dimension sécuritaire et économique à la région. Ces activités, souvent informelles, échappent au contrôle des États et privent les budgets nationaux de recettes importantes. Si le pétrole et le gaz offrent des perspectives de revenus plus structurées, ils ne sont pas exempts de défis similaires, notamment en matière de gestion des revenus et de prévention des conflits.

Enfin, l'économie sénégalaise, qui mise sur le pétrole et le gaz pour accélérer sa croissance, devra composer avec cette réalité concurrentielle. Les autorités ont mis en place un cadre réglementaire visant à maximiser les retombées locales, mais la volatilité des marchés pourrait compromettre ces ambitions. La leçon des pays voisins, comme le Ghana, qui a connu des déceptions dans la gestion de ses ressources, est à méditer.

La pression exercée par ADNOC sur le marché ouest-africain n'est pas un épiphénomène, mais le signe d'une recomposition plus profonde de l'économie pétrolière mondiale. Alors que l'Afrique de l'Ouest s'apprête à augmenter son offre, elle devra trouver sa place dans un marché de plus en plus concurrentiel, où les grands producteurs du Moyen-Orient dictent les règles. La capacité des États à négocier des contrats avantageux et à diversifier leurs débouchés sera déterminante pour transformer cette manne en levier de développement durable.