L’Algérie a expédié 116 000 barils par jour vers l’Espagne en avril 2026, soit une hausse de 106 % par rapport à mars, selon la plateforme Energy. Cette poussée, portée par les perturbations au détroit d’Ormuz et la recherche de sécurisation des approvisionnements en Europe, repositionne Alger comme fournisseur clé en Méditerranée. Elle intervient alors que l’Afrique de l’Ouest, du Sénégal au Nigeria, voit ses propres projets pétroliers et gaziers monter en puissance, redessinant la concurrence intra-africaine sur les marchés énergétiques mondiaux.
Exportations algériennes : +106% vers l’Espagne
Perturbations au détroit d’Ormuz · recomposition des flux · quel impact pour l’Afrique de l’Ouest ?
🌍 Recomposition des flux méditerranéens
⚡ Impact Afrique de l’Ouest : 3 enjeux
L’Algérie capte une demande européenne en quête de sécurisation. Le Nigeria et l’Angola, traditionnels fournisseurs de brut léger, risquent de perdre des parts de marché.
Du Sénégal au Nigeria, les projets pétroliers et gaziers se multiplient. L’Afrique de l’Ouest devient un acteur énergétique émergent, mais doit faire face à la recomposition des flux.
L’Europe cherche à diversifier ses sources (Ormuz menacé) → l’Algérie en profite. Mais les producteurs ouest-africains, qui montent en puissance, pourraient se retrouver en concurrence directe avec Alger.
📊 Niveau de risque pour l’Afrique de l’Ouest
“L’Algérie renoue avec des volumes pré-Covid, mais la montée en puissance du Sénégal et du Nigeria redessine la concurrence intra-africaine.”
— Analyse Cauris, mai 2026Les données publiées le 8 mai révèlent une accélération spectaculaire des exportations algériennes de pétrole brut et de produits raffinés. Avec 903 000 barils par jour au total en avril, soit +27 % sur un mois, Alger renoue avec des volumes qui rappellent les années pré-Covid. Ce rebond est directement lié au contexte géopolitique : la menace sur le détroit d’Ormuz, par où transite près d’un tiers du pétrole mondial, pousse les raffineurs européens à diversifier leurs sources. L’Espagne, particulièrement dépendante des importations, s’est tournée vers l’Algérie, mais aussi vers la France et l’Italie.
Cette recomposition des flux profite à l’Algérie, membre influent de l’OPEP+, mais pose une question stratégique pour les producteurs ouest-africains. Le Nigeria, premier exportateur de brut du continent, voit traditionnellement une part de son pétrole léger partir vers l’Europe. Si Alger capte une demande accrue, les brut nigérian et angolais pourraient perdre des parts de marché, à moins que la hausse générale des prix compense. En effet, le baril a progressé de près de 15 % depuis le début des tensions, ce qui améliore les recettes des États producteurs, mais la concurrence sur les volumes s’intensifie.
Le Sénégal, qui a enregistré en mars 2026 un excédent commercial historique grâce au pétrole de Sangomar et à l’or, se trouve dans une situation différente. Sa production, encore modeste (environ 100 000 barils par jour attendus à plein régime), est destinée au marché international, mais aussi à des contrats de raffinage local. L’essor algérien ne remet pas en cause les perspectives sénégalaises à court terme, mais il rappelle que la région ouest-africaine n’est pas seule à offrir une alternative au Moyen-Orient. La Mauritanie et le Sénégal misent sur le gaz de Grand Tortue Ahmeyim, dont les premiers chargements dépassent les attentes, comme le soulignaient les analyses du 9 mai.
Les tensions au Moyen-Orient favorisent aussi le gaz naturel liquéfié (GNL) algérien, dont les livraisons vers l’Europe ont fortement augmenté. Cette dynamique fait de l’Algérie un acteur incontournable de la sécurité énergétique européenne, au même titre que le Nigeria avec ses exportations de GNL depuis Bonny Island. Les deux pays, membres de l’OPEP (le Nigeria l’est aussi), pourraient voir leur rôle stratégique renforcé, mais la compétition pour attirer les investissements étrangers s’aiguise. Les projets ouest-africains de transformation locale, comme la raffinerie de Kribi au Cameroun ou la pétrochimie sénégalaise, cherchent à capter une partie de la valeur ajoutée, une stratégie que l’Algérie a déjà amorcée avec ses complexes de raffinage.
Sur le plan des prix, l’OPEP+ a maintenu une politique de modération des quotas, mais la montée des exportations algériennes interroge sur la discipline collective. L’Algérie pourrait avoir dépassé son quota, ce qui serait toléré en période de tension. Pour les producteurs ouest-africains non membres de l’alliance, comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire, cette flexibilité est un avantage : ils peuvent augmenter leur production sans contrainte. Cependant, leur capacité à concurrencer les volumes algériens reste limitée par des infrastructures vieillissantes et des défis d’investissement.
Enfin, la réorientation des flux vers la Méditerranée occidentale pourrait avoir des implications géopolitiques. L’Espagne, cliente historique de l’Algérie mais aussi du Nigeria, diversifie ses sources pour réduire sa dépendance vis-à-vis d’un seul fournisseur. Les contrats à long terme pour le GNL ouest-africain, comme ceux signés par le Sénégal avec des partenaires européens, pourraient être renégociés dans ce contexte de tensions. L’Afrique de l’Ouest doit donc non seulement produire, mais aussi sécuriser des débouchés stables dans un marché où l’Algérie regagne du terrain.
Le bond des exportations algériennes illustre une réalité : la recomposition des routes énergétiques mondiales, accélérée par les crises géopolitiques, offre à la fois des opportunités et des menaces pour les producteurs ouest-africains. La région ne peut plus compter sur une demande automatique en Europe ; elle doit se positionner sur la qualité, la transformation locale et la fiabilité des approvisionnements. L’émergence de l’Algérie comme fournisseur alternatif de référence en Méditerranée est un signal que la compétition intra-africaine sur le marché de l’énergie s’intensifie, dans un contexte où la souveraineté énergétique de chaque État reste un objectif à construire.