Le ministre des Mines du Niger, Commissaire Colonel Abarchi Ousmane, a présenté le bilan de son département sur la télévision nationale, mettant en avant les réformes visant à accroître la part des acteurs locaux dans l'exploitation minière. Au cœur de cette stratégie, l'ordonnance du 8 août 2024 réserve aux promoteurs nigériens l'exploitation semi-mécanisée, celle des haldes et la commercialisation des substances minérales. Cette orientation s'inscrit dans une volonté plus large de souveraineté économique, mais interroge sur la capacité du pays à attirer les investissements étrangers tout en développant un tissu entrepreneurial local.

Le discours du ministre Abarchi Ousmane, diffusé dans le cadre de l'exercice de redevabilité voulu par le président Tiani, révèle une inflexion majeure dans la politique minière nigérienne. En insistant sur les mesures incitatives destinées aux entrepreneurs nigériens, le gouvernement actuel cherche à rompre avec un modèle historique où l'exploitation des ressources – uranium, or, mais aussi phosphates, charbon ou terres rares – était largement dominée par des compagnies étrangères. L'ordonnance d'août 2024 et le décret de janvier 2026 créant un Fonds de développement minier constituent les piliers de cette nouvelle approche. Le fonds, doté d'un comité chargé d'identifier des projets structurants, vise à transformer les richesses du sous-sol en levier de développement local, répondant ainsi à une exigence de souveraineté souvent mise en avant par les autorités de transition.

Cette politique s'explique par le contexte politique post-coup d'État de juillet 2023. Le CNSP, en quête de légitimité, cherche à démontrer sa capacité à gérer les ressources nationales au profit des Nigériens, tout en diversifiant les partenariats – notamment avec la Russie et la Chine – pour réduire la dépendance historique envers la France et son groupe Orano dans l'uranium. Les contentieux en cours avec certains opérateurs, évoqués par le ministre, témoignent de cette volonté de renégocier les contrats passés. Cependant, l'enjeu est double : attirer de nouveaux investisseurs tout en garantissant une part locale.

Le succès de cette stratégie dépendra de la capacité des entreprises nigériennes à répondre aux exigences techniques et financières du secteur minier. Le « contenu local » n'est pas une nouveauté en Afrique de l'Ouest (le Ghana ou le Sénégal l'ont adopté), mais son application dans un pays sahélien aux capacités industrielles limitées pose question. Les mesures incitatives, comme l'accès facilité aux permis pour les semi-mécanisés et l'exploitation des haldes (déchets miniers), sont volontaristes, mais elles nécessitent un accompagnement en formation et en financement. Le Fonds de développement minier pourrait jouer ce rôle, mais sa dotation et sa gouvernance restent à préciser.

Au niveau régional, la montée en puissance du Niger dans le secteur minier – avec des réserves d'uranium parmi les premières mondiales et des gisements d'or en croissance – pourrait modifier les équilibres au sein de l'UEMOA et de la CEDEAO (dont le Niger est suspendu). Le pays mise sur une stratégie de souveraineté énergétique et minière qui contraste avec les approches plus intégrées de ses voisins. Si elle réussit, elle pourrait devenir un modèle pour d'autres États de la région en quête de maîtrise de leurs ressources. À l'inverse, un échec – dû à une insuffisance de capitaux ou à des tensions avec les partenaires étrangers – risquerait de freiner le développement d'un secteur pourtant crucial pour financer la transition démocratique annoncée.

Les annonces du ministre, bien qu'enthousiastes, doivent être mises en perspective avec les défis sécuritaires et institutionnels que traverse le Niger. L'exploitation minière, notamment dans les zones aurifères du Nord, est perturbée par l'insécurité et l'exploitation artisanale informelle. La capacité de l'État à encadrer et à formaliser ce secteur sera déterminante. Le récent lancement du Fonds minier suggère une volonté d'action, mais les résultats concrets – en termes de recettes fiscales et d'emplois locaux – seront le véritable test de cette politique de souveraineté.

Au-delà du Niger, cette politique minière illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la renégociation des contrats miniers et la promotion du contenu local comme instruments de souveraineté économique. Reste à savoir si le pays parviendra à concilier cette ambition avec les besoins urgents de financement et la réalité d'un secteur extractif mondialisé, où les marges de manœuvre des États sont souvent limitées.