Les 29 et 30 avril 2026, Accra accueille la deuxième édition de 'Shaping the Future of African Media', un forum panafricain dédié à l'avenir des médias. Organisé par Africa News Agency (ANA), l'événement place les narratifs africains au centre des enjeux de souveraineté économique, dans un contexte où la maîtrise du récit devient un outil stratégique pour les États riches en ressources. Cette rencontre intervient alors que les pays ouest-africains cherchent à renforcer leur contrôle sur l'exploitation minière et pétrolière, et à attirer des investissements alignés sur leurs priorités.

Le thème central du forum, « les narratifs africains comme levier économique et outil de souveraineté », résonne particulièrement dans le secteur extractif. Au Ghana, premier producteur d'or d'Afrique, la manière dont les médias locaux et régionaux couvrent les activités minières influence directement la perception des investisseurs internationaux et la légitimité des politiques de nationalisation ou de renégociation des contrats. En contrôlant le récit, les États peuvent mieux valoriser leurs ressources, exiger des partenaires étrangers des conditions plus équitables et justifier des réformes fiscales ou réglementaires.

Le choix d'Accra pour cet événement n'est pas anodin. Le Ghana, outre sa prééminence aurifère, s'est engagé dans une refonte de son code minier en 2024 pour accroître les retombées locales et renforcer la souveraineté sur ses ressources. Parallèlement, la montée en puissance de médias panafricains comme ANA permet de diffuser une information alternative aux grands médias occidentaux, souvent perçus comme biaisés sur les questions de gouvernance des ressources. Cette capacité à produire et diffuser un récit propre devient un outil de négociation indispensable.

Au-delà du secteur minier, la souveraineté narrative s'étend au pétrole et au gaz. Les pays du Golfe de Guinée, confrontés à la transition énergétique mondiale, doivent repositionner leurs hydrocarbures comme des ressources « responsables » pour attirer des capitaux. Le forum d'Accra offre une tribune pour harmoniser les discours, partager les bonnes pratiques et créer une doctrine médiatique commune autour des ressources stratégiques. Les panels sur l'intelligence artificielle et la régulation des plateformes numériques sont également cruciaux : ils permettent de réfléchir à la manière dont les technologies peuvent amplifier ou déformer ces narratifs.

Les intervenants attendus, dont Akwasi Opong-Fosu, ancien ministre d'État ghanéen, apportent une crédibilité politique qui transforme ce forum en espace de décision informelle. Les discussions sur la monétisation des médias et l'attractivité économique dépassent le simple cadre journalistique : elles touchent à la capacité des États à financer des récits souverains, notamment via des fonds souverains issus des revenus miniers. Ainsi, la conférence s'inscrit dans une tendance plus large où les médias africains deviennent des acteurs à part entière de la diplomatie économique.

Ce rendez-vous annuel reflète une prise de conscience : la maîtrise du récit est aussi importante que la maîtrise des chaînes d'approvisionnement minières. Sans un discours cohérent et porté par des médias crédibles, les efforts de souveraineté risquent de rester lettre morte face aux narratives dominants des marchés financiers internationaux. Le forum d'Accra, en reliant médias, économie et politique, pose les bases d'une stratégie intégrée où l'information devient un actif stratégique au même titre que l'or ou le pétrole.

Alors que les pays ouest-africains renégocient leurs contrats miniers et cherchent à capter davantage de valeur ajoutée, la question du récit devient centrale. Le forum d'Accra illustre comment les médias peuvent servir de levier pour transformer la perception internationale des ressources africaines, et ainsi influencer les flux d'investissement. Reste à savoir si ces initiatives parviendront à créer un bloc narratif suffisamment cohérent pour peser face aux récits établis, et si les États sauront financer durablement ces outils de souveraineté.