La mine d'or guinéenne Kiniero affiche une production de 54 252 onces au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 38 % par rapport au trimestre précédent, dépassant les capacités nominales de l'usine. Cet essor conforte la stratégie de diversification économique de la Guinée, longtemps dépendante de la bauxite. Mais il intervient dans un contexte de repli des cours de l'or, qui pèse sur les réserves de change des États de l'UEMOA et interroge la politique monétaire de la BCEAO.

Infographie — Or · Production

Une rampe de production exceptionnelle

Avec 54 252 onces produites entre avril et juin 2026, la mine Kiniero, située dans le sud-est de la Guinée, a traité 2,2 millions de tonnes de minerai à une teneur moyenne de 0,86 gramme par tonne. Le débit de l'usine a atteint 1 113 tonnes par heure, l'équivalent de 9 millions de tonnes par an, bien au-dessus de la capacité nominale de 6 millions. Le taux de récupération s'est amélioré à 90,5 %, permettant une production cumulée de 93 619 onces au premier semestre, soit plus de la moitié de l'objectif annuel de 157 000 à 174 000 onces. L'opérateur australien Predictive Discovery, issu de la fusion avec le canadien Robex Resources pour 1,45 milliard de dollars, bénéficie ainsi d'une entrée en production plus rapide que prévu : le premier lingot a été coulé en décembre 2025 et le statut commercial atteint en février 2026.

Un atout pour la souveraineté économique guinéenne

Pour la Guinée, premier exportateur mondial de bauxite, Kiniero incarne la volonté de diversification minière. Le pays cherche à valoriser son potentiel aurifère pour équilibrer ses recettes et réduire sa dépendance à un seul minerai. Cette montée en puissance pourrait renforcer les réserves de change et offrir une marge de manœuvre budgétaire, à condition que les cours de l'or restent favorables. Or, le marché connaît un repli : les prix évoluent sous la barre des 4 500 USD l'once, après des sommets atteints en début d'année. Cette baisse affecte les recettes d'exportation des pays producteurs de l'UEMOA et, par ricochet, les réserves de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Des implications pour la BCEAO

La BCEAO, qui gérait 40 595 milliards de FCFA de réserves à fin 2025, doit composer avec la volatilité des matières premières, l'or constituant une part significative de ses avoirs. La baisse récente des cours pourrait inciter la banque centrale à maintenir un taux directeur accommodant, comme évoqué lors de la dernière réunion du Comité de politique monétaire à Dakar. Dans le même temps, l'augmentation de la production aurifère en Guinée – qui n'est pas membre de l'UEMOA mais dont les performances influencent le marché régional – pose la question de la coordination des politiques monétaires face aux chocs exogènes.

La montée en puissance de Kiniero illustre les promesses et les fragilités du secteur extractif ouest-africain. Entre diversification nationale et dépendance aux cours mondiaux, les États doivent conjuguer ambitions minières et prudence monétaire. La question reste ouverte : comment les institutions régionales peuvent-elles amortir les fluctuations des matières premières pour garantir une croissance stable ?