L’usine pilote de Galam, dans la région aurifère de Kédougou, est entrée en service le 14 juillet 2026. Cet équipement de transformation vise à capter une partie de la production artisanale qui échappe aux circuits officiels, alors que le Sénégal cherche à accroître ses recettes minières. L’initiative s’inscrit dans un environnement ouest-africain où l’orpaillage illégal alimente des fragilités sécuritaires et prive les États de revenus essentiels.

Infographie — Or · Production

La mise en service de l’unité pilote de Galam marque une étape dans la stratégie sénégalaise de maîtrise de son secteur aurifère. Située dans le sud-est du pays, près de la frontière guinéenne, la région de Kédougou concentre l’essentiel de l’or extrait au Sénégal, mais une large part provient de l’orpaillage artisanal non déclaré. L’usine, capable de traiter le minerai issu de ces petites exploitations, offre aux orpailleurs une alternative à la vente sur le marché parallèle, leur permettant d’accéder à un circuit plus transparent et potentiellement mieux rémunéré.

Le moment choisi n’est pas anodin. En mai 2026, plusieurs événements ont rappelé les fragilités du secteur minier régional : au Mali, l’explosion d’une mine artisanale sur un axe routier a causé la mort d’un lycéen, tandis que des frappes aériennes à Kidal soulignaient la persistance de l’insécurité dans le Nord. Par ailleurs, des discussions entre le ministre malien de l’Agriculture et la Société financière internationale (IFC) ont mis en lumière la nécessité de diversifier les sources de financement, y compris en réorientant les revenus miniers vers l’agriculture. Ces signaux indiquent que la gestion des ressources extractives demeure un enjeu central pour les États de la zone.

Le Sénégal, relativement épargné par l’expansion djihadiste qui affecte ses voisins, n’en est pas moins exposé aux conséquences de l’orpaillage informel. L’or non déclaré alimente des réseaux transfrontaliers, souvent liés au trafic d’armes et au blanchiment. En créant un débouché légal, l’usine de Galam cherche à réduire l’attractivité de ces filières parallèles. Les autorités espèrent ainsi augmenter les recettes fiscales tout en améliorant la traçabilité de l’or sénégalais, dans un marché international de plus en plus exigeant en matière de conformité.

De l’artisanat à l’industrie : un pari sur la souveraineté

Au-delà de l’aspect fiscal, l’usine pilote s’inscrit dans une vision plus large de souveraineté économique. En maîtrisant la transformation locale, le Sénégal réduit sa dépendance aux intermédiaires étrangers et aux raffineries extérieures. Ce modèle pourrait servir de levier pour négocier de meilleurs termes commerciaux et attirer des investissements dans la chaîne de valeur. Cependant, le succès de l’opération repose sur la capacité à convaincre les orpailleurs de rejoindre le circuit officiel, ce qui n’est pas acquis tant que les prix du marché parallèle restent compétitifs.

Le contexte régional complique cette transition. Au Mali et au Burkina Faso, l’insécurité a poussé de nombreux orpailleurs vers des zones plus reculées, où le contrôle étatique est faible. Les frappes aériennes et les incidents sécuritaires évoqués en mai 2026 montrent que l’or reste un enjeu de pouvoir, parfois disputé par des groupes armés. Dans ce cadre, l’initiative sénégalaise apparaît comme une tentative de prévenir l’émergence de telles dynamiques sur son territoire, en offrant une alternative formelle aux populations locales.

La question des revenus pétroliers et miniers est également cruciale pour les États ouest-africains. Alors que les cours de l’or ont fluctué ces dernières années, la nécessité de sécuriser des recettes stables s’est accrue. Le Sénégal, qui mise aussi sur ses futures ressources en hydrocarbures, pourrait utiliser l’expérience de Kédougou pour éprouver des mécanismes de contrôle applicables à d’autres secteurs extractifs. Toutefois, la route est longue : l’usine pilote de Galam n’est qu’un premier pas, et son impact à grande échelle reste à mesurer.

L’usine pilote de Galam illustre une tendance régionale de formalisation du secteur aurifère, mais son succès dépendra de l’adhésion des orpailleurs et de la capacité du Sénégal à maintenir un environnement sécurisé. Dans un contexte ouest-africain où l’or est à la fois une ressource et un facteur de tensions, cette expérience pourrait inspirer d’autres pays, à condition que les leçons de Kédougou soient tirées avec lucidité.