Le 28 avril, l'armée nigériane a déjoué une tentative d'enlèvement dans l'État de Bauchi, libérant quatre otages. Cet incident, bien que localisé, s'inscrit dans une dégradation plus large de la sécurité dans le nord du Nigeria, zone clé pour les routes d'approvisionnement du Niger. Pour Niamey, qui tire l'essentiel de ses revenus de l'uranium, l'insécurité régionale devient un risque systémique.

L'opération menée par la task force OPEP dans le village de Jigi illustre la persistance des menaces non conventionnelles dans le nord du Nigeria. Si les kidnappings sont monnaie courante, leur répétition le long des axes stratégiques inquiète. Or, ces mêmes axes relient le Niger aux ports béninois et togolais, par où transite l'uranium extrait des mines d'Arlit et d'Imouraren.

La région de Bauchi se trouve à proximité du corridor Kano-Zinder, voie historique d'échanges entre Nigeria et Niger. Depuis le coup d'État de juillet 2023, le Niger a renforcé sa dépendance vis-à-vis de ce couloir pour ses exportations. Toute interruption – qu'elle soit due à des groupes armés ou à des barrières administratives – pourrait bloquer des livraisons représentant plus de 5 % du marché mondial de l'uranium.

Au-delà de l'incident lui-même, c'est la tendance sécuritaire qui préoccupe. Les kidnappings contre rançon financent des réseaux criminalisés qui, dans le Sahel central, se mêlent aux factions djihadistes. Ces groupes n'ont pour l'heure pas ciblé directement les mines, mais leur capacité à déstabiliser les transports est avérée. En 2024, une attaque sur la route Tahoua-Arlit avait déjà retardé des expéditions d'uranate.

Pour les investisseurs – notamment chinois et russes (SOPAMIN, Dasa) –, cette volatilité complique les plans d'expansion. Imouraren, le plus grand gisement d'uranium d'Afrique, reste en suspens. Les conditions de sécurité sont devenues un facteur clé dans les décisions d'engagement. Parallèlement, le Niger cherche à diversifier ses partenaires, y compris vers l'Inde et le Brésil, mais ceux-ci exigent des garanties de stabilité.

Le gouvernement de transition nigérien mise sur une militarisation accrue des zones d'exploitation et le déploiement de drones turcs le long des corridors. Mais ces mesures ont un coût budgétaire élevé, alors que les revenus de l'uranium sont déjà grevés par les remises de dette et le gel partiel des financements occidentaux.

L'incident de Bauchi rappelle que la sécurité énergétique de l'Afrique de l'Ouest ne se joue pas seulement dans les mines ou les centrales, mais aussi sur des routes de brousse du nord du Nigeria. Alors que la demande mondiale d'uranium repart (relance du nucléaire), le Niger pourrait voir ses avantages concurrentiels érodés par l'insécurité, sauf à inventer un modèle de protection des chaînes logistiques qui reste à écrire.