Le 30 août prochain, les Guinéens-Bissauens sont appelés aux urnes pour un référendum constitutionnel qui doit consacrer le passage à un régime présidentiel, renforçant les pouvoirs du chef de l'État. Organisé sous l'égide de la CEDEAO après le coup d'État de novembre 2025, ce scrutin est présenté comme une étape clé du retour à l'ordre constitutionnel. Mais pour l'opposition, il s'agit d'une manœuvre du pouvoir de transition, soutenue par l'institution régionale, qui risque d'entraver une véritable réconciliation. Au-delà de la crise politique, c'est la capacité du pays à attirer des investissements dans ses secteurs extractifs et énergétiques qui se joue, dans un contexte ouest-africain marqué par de grands projets miniers et hydroélectriques.
Référendum sous tension : le pari du présidentiel fort
Passage au régime présidentiel · CEDEAO en médiation · Enjeux extractifs
Chronologie du processus
Coup d'État militaire · le général Horta N'Tam prend le pouvoir
Médiation de la CEDEAO · accord sur un référendum constitutionnel
Référendum · passage au régime présidentiel · scrutin sous tension
⚖️ Le dilemme du référendum
Sortir des blocages · renforcer l'exécutif · attirer les investissements
Opposition verrouillée · CEDEAO partiale · légitimation du coup de force
Or · Hydroélectricité · Mines
Grands projets ouest-africains
Attractivité vs. stabilité politique
Un référendum qui divise
Le projet de nouvelle Constitution, impulsé par le général Horta N'Tam, vise à remplacer le régime parlementaire par un système présidentiel fort, où le chef de l'État nomme le Premier ministre et peut dissoudre l'Assemblée. Pour la junte, il s'agit de sortir des blocages institutionnels qui ont paralysé le pays par le passé. L'opposition, elle, dénonce un processus verrouillé et une mainmise de la CEDEAO, accusée de partialité en faveur du gouvernement de transition. Plusieurs figures exilées voient dans ce référendum un moyen de légitimer le coup de force plutôt qu'une véritable transition démocratique.
La CEDEAO en première ligne
La facilitation de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest est au cœur des critiques. L'organisation sous-régionale, qui a annoncé la tenue de la consultation, est perçue par les opposants comme ayant choisi son camp. Ce sentiment d'ingérence n'est pas nouveau : la CEDEAO intervient régulièrement dans les crises politiques de la région, mais son efficacité est souvent contestée. En Guinée-Bissau, elle doit concilier le retour à l'ordre constitutionnel avec la préservation de ses propres principes, tout en maintenant une cohésion régionale fragilisée par les récents coups d'État au Sahel.
Enjeux extractifs et souveraineté
Si la Guinée-Bissau n'est pas un poids lourd minier, elle recèle des potentials dans l'exploitation de la bauxite, des phosphates et, plus récemment, de l'or, avec des concessions attribuées à des entreprises étrangères. Mais l'instabilité politique chronique freine les investissements. Le secteur énergétique, notamment l'électrification via des projets hydroélectriques régionaux (comme le barrage de Souapiti en Guinée voisine), nécessite une stabilité pour que les infrastructures profitent à tous. Le référendum et la présidentielle de décembre 2026 sont donc scrutés par les investisseurs, qui attendent des signes de prévisibilité juridique et politique.
Une région en quête de modèles
Dans un contexte ouest-africain où plusieurs États expérimentent des transitions politiques sous pression sécuritaire, la Guinée-Bissau devient un test pour la CEDEAO. La capacité de l'organisation à imposer une feuille de route acceptée par toutes les parties déterminera sa crédibilité. Parallèlement, la montée en puissance de projets extractifs et énergétiques (or, hydroélectricité) dans la région exige des cadres institutionnels solides. L'échec de la transition bissau-guinéenne pourrait renforcer l'idée que la souveraineté nationale prime sur les injonctions régionales, compliquant les futures médiations.
Au-delà du cas bissau-guinéen, ce référendum illustre la tension persistante entre logiques nationales de pouvoir et intégration régionale. Alors que l'Afrique de l'Ouest accélère ses projets structurants dans les mines et l'énergie, la question de la gouvernance politique reste le maillon faible. La manière dont la CEDEAO gérera cette transition pourrait influencer les équilibres géopolitiques du secteur extractif pour les années à venir.