L'Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) a engagé une première levée de fonds pour financer le gazoduc Maroc-Nigeria, estimé à 25 milliards de dollars. Cette opération marque une étape clé dans la structuration du projet, qui vise à relier les ressources gazières ouest-africaines au marché européen. Au-delà de l'infrastructure, c'est l'intégration énergétique régionale et la rivalité avec le projet algérien qui sont en jeu.

L'annonce de cette levée de fonds, la première depuis la transformation de l'ONHYM en société anonyme en février 2026, intervient à un moment où le projet Nigeria-Maroc semble gagner en maturité. Selon les informations disponibles, le financement ne sera pas porté directement par l'ONHYM mais par une société de projet dédiée, constituée avec le partenaire nigérian NNPC Limited. Ce véhicule juridique, conforme à l'accord intergouvernemental adopté en décembre 2024 lors d'un sommet de la Cédéao, vise à clarifier la répartition des responsabilités et à faciliter l'entrée de financeurs internationaux.

Le gazoduc, long d'environ 6 900 kilomètres, doit longer la façade atlantique africaine en combinant tronçons terrestres et sous-marins. Il desservira une dizaine de pays d'Afrique de l'Ouest avant de rejoindre le Maroc, puis de se connecter au gazoduc Maghreb-Europe vers l'Espagne. L'ambition affichée est double : renforcer la sécurité énergétique de la région tout en offrant un nouveau corridor d'approvisionnement à l'Europe, qui cherche à diversifier ses sources depuis la guerre en Ukraine.

Derrière ce chantier colossal se profile une concurrence régionale. L'Algérie promeut un projet concurrent, le gazoduc transsaharien, jugé non viable par les observateurs en raison de son tracé difficile et des tensions géopolitiques. Le corridor Nigeria-Maroc, soutenu par le Maroc et le Nigeria, bénéficie d'un appui politique fort au sein de la Cédéao et pourrait ainsi redessiner les équilibres énergétiques ouest-africains.

Pour les pays traversés, le projet représente une promesse de développement : accès à une énergie abondante et moins chère, opportunités d'investissement et de création d'emplois. Cependant, les défis restent immenses : le montant de 25 milliards de dollars nécessite une mobilisation internationale sans précédent, et les questions de gouvernance, de sécurité des installations et de partage des bénéfices devront être clarifiées pour éviter les écueils d'autres mégaprojets africains.

Cette première levée de fonds confirme que le gazoduc Maroc-Nigeria n'est plus une simple déclaration d'intention. L'émergence d'une société de projet dédiée et la transformation de l'ONHYM en SA montrent une volonté de professionnalisation. Reste à savoir si les financements suivront, dans un contexte mondial de transition énergétique qui interroge la place du gaz dans le mix futur. L'issue de ce projet sera un test déterminant pour la capacité de l'Afrique de l'Ouest à réaliser des infrastructures intégratrices de grande envergure.