La hausse de 60,7 % du coût d’importation du gasoil au Cameroun entre février et mai 2026, révélée par l’Institut national de la statistique, n’est pas un simple incident national. Elle traduit un choc énergétique régional qui fragilise les industries extractives, en particulier les mines d’or, grandes consommatrices de carburant. Ce renchérissement, combiné aux perturbations maritimes mondiales, interroge la souveraineté énergétique des États ouest-africains et leur capacité à capter la valeur de leurs ressources minérales.

Infographie — Or · Production

Au Cameroun, le litre de gasoil importé est passé de 489,72 à 786,93 FCFA en trois mois, soit une progression de 60,7 %. Pour le super, la hausse atteint 33,6 %. L’INS impute ces évolutions à la montée des cotations internationales, à la hausse des coûts de transport maritime et aux primes de risque liées aux tensions géopolitiques dans le Golfe persique. Bien que le Cameroun soit lui-même producteur de pétrole, sa dépendance aux importations de produits raffinés depuis l’incendie de la Sonara en 2019 le rend particulièrement vulnérable. Mais cette situation dépasse les frontières camerounaises.

Un choc énergétique aux répercussions régionales

Le gasoil est le carburant roi des mines d’or en Afrique de l’Ouest. Il alimente les engins de terrassement, les groupes électrogènes des sites isolés et les camions de transport du minerai. Avec la flambée des prix, le coût opératoire des mines augmente mécaniquement. Au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, où l’or est devenu le premier produit d’exportation, les compagnies minières voient leurs marges se réduire. Certaines pourraient être contraintes de ralentir la production ou de reporter des investissements d’exploration.

Par ailleurs, les États miniers dépendent des recettes fiscales et des redevances aurifères pour équilibrer leurs budgets. Une baisse de production ou une fermeture temporaire de mine se traduirait par un manque à gagner alors que les besoins de financement demeurent élevés. Le Mali, par exemple, a vu sa production d’or progresser de 8 % en 2025, mais ce dynamisme est désormais menacé par la hausse des intrants.

L’or ouest-africain pris en étau entre coûts et insécurité

Au-delà du carburant, les coûts logistiques explosent. Le transport maritime depuis l’Asie et l’Europe subit des détournements de routes en raison des tensions en mer Rouge. Les conteneurs destinés aux mines – pièces de rechange, explosifs, réactifs chimiques – arrivent avec des retards et des surcoûts. Le port de Lomé, hub régonial mentionné dans un article récent, voit son trafic perturbé, ce qui affecte les approvisionnements des mines de l’hinterland.

Paradoxalement, la hausse du cours de l’or, qui a dépassé les 2 400 dollars l’once en juin 2026, compense partiellement ces surcoûts. Mais cet avantage est réservé aux mines déjà en production, et non aux projets en développement. Les juniors minières, qui financent l’exploration, souffrent de l’inflation des coûts sans bénéficier des ventes. Plusieurs projets dans le bassin de Birimian au Ghana et en Côte d’Ivoire pourraient être reportés.

Souveraineté énergétique : le maillon faible de la stratégie minière

La dépendance aux importations de carburant est le talon d’Achille de la filière or. Les pays ouest-africains producteurs d’or importent massivement du gasoil, alors même que certains sont exportateurs de pétrole brut – comme le Nigéria ou le Cameroun. Le raffinage insuffisant ou défaillant les expose aux fluctuations des marchés internationaux. L’incendie de la Sonara en 2019 n’a toujours pas été suivi d’une remise en état complète, et le projet de raffinerie modulaire reste au point mort.

Dans ce contexte, la question de la transition énergétique des mines se pose avec acuité. L’énergie solaire, déjà déployée sur certains sites au Burkina et au Mali, offre une alternative partielle, mais son intermittence ne permet pas de remplacer le gasoil pour les opérations lourdes. Le barrage de Souapiti en Guinée, mentionné dans des dépêches récentes, pourrait fournir de l’électricité aux mines de la région, mais son potentiel est encore sous-exploité faute de lignes de transport dédiées.

Un appel à la diversification des sources d’énergie

Au-delà de la filière aurifère, l’ensemble du tissu économique régional subit la pression du carburant. Les transports, l’agriculture et l’industrie manufacturière sont touchés. L’INS camerounais souligne que le gasoil est au cœur de l’appareil productif : sa hausse se répercute sur tous les prix. Les États sont donc face à un dilemme : subventionner le carburant pour préserver la compétitivité minière, au risque de creuser les déficits, ou laisser filer les prix et accepter une perte de productivité.

La question de la souveraineté énergétique devient stratégique pour les gouvernements. Le « Pacte d’avenir » de la CEDEAO, évoqué dans les sources récentes, inclut un volet énergétique qui pourrait accélérer l’intégration des réseaux électriques et le développement des énergies renouvelables. Mais les initiatives tardent à se concrétiser.

La flambée du coût des carburants au Cameroun est un signal d’alarme pour toute l’Afrique de l’Ouest minière. Elle révèle la dépendance structurelle de l’économie régionale aux importations énergétiques et les fragilités d’un secteur aurifère en pleine expansion. Sans une diversification accélérée des sources d’énergie et un renforcement du raffinage local, l’or ouest-africain risque de voir sa compétitivité s’éroder, tandis que les États peineront à convertir leurs richesses souterraines en développement durable.