Le classement Forbes Middle East 2026 place cinq conglomérats familiaux marocains parmi les 100 plus puissants de la région MENA. Leur expansion rapide en Afrique de l'Ouest, portée par des acquisitions et des partenariats stratégiques, interroge sur l'évolution du contrôle des ressources extractives dans une zone où l'or constitue un levier de développement crucial. Ces mouvements redessinent les équilibres économiques et géopolitiques ouest-africains, à l'heure où la souveraineté énergétique et minière devient un enjeu central.

Infographie — Or · Production

Le dernier classement Forbes Middle East des 100 plus grandes entreprises familiales du monde arabe en 2026 met en lumière la montée en puissance des conglomérats marocains. O Capital Group, Holmarcom et Addoha figurent parmi les représentants du royaume, illustrant la capacité des familles d’affaires marocaines à se déployer au-delà de leurs frontières. Holmarcom, dirigé par Mohamed Hassan Bensalah, s’est notamment illustré par son expansion en Afrique de l’Ouest, avec une présence affirmée au Sénégal, au Bénin et en Côte d’Ivoire, et par l’acquisition récente des parts de BNP Paribas dans la BMCI. Cette opération, soutenue par l’entrée de l’IFC au capital de sa filiale financière, confère au groupe un levier supplémentaire pour financer des projets dans la région.

Une nouvelle donne dans le financement du secteur minier

La présence croissante de ces conglomérats ouvre des perspectives inédites pour le financement du secteur extractif ouest-africain, et en particulier de l’or. Holmarcom, via ses activités de banque et d’assurance, peut offrir des instruments de crédit et de couverture adaptés aux entreprises minières, tandis que ses filiales logistiques facilitent l’acheminement des équipements et du minerai. Parallèlement, les alertes récentes sur l’or en Afrique de l’Ouest rappellent que la région est un producteur majeur, avec des gisements au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Ghana. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30 millions de tonnes de marchandises en 2024, constitue un hub stratégique pour l’exportation de l’or brut ou raffiné. L’arrivée de capitaux marocains pourrait accélérer la modernisation des mines artisanales et le développement de projets industriels, mais elle pose aussi la question du partage de la valeur ajoutée.

L’énergie, maillon essentiel de l’exploitation minière, est au cœur des préoccupations. Les projets hydroélectriques, tels que le barrage de Souapati en Guinée, illustrent la volonté des États d’améliorer l’approvisionnement électrique des industries extractives. Un programme de formation d’ingénieurs y a été lancé en mai 2026, signalant une montée en compétence locale. Cependant, l’intermittence des énergies renouvelables et la dépendance aux centrales thermiques, comme au Togo, limitent encore la fiabilité du réseau. Les investissements marocains dans le secteur énergétique pourraient combler ce déficit, mais ils risquent aussi de renforcer la dépendance technologique et financière.

Souveraineté et dépendance : le dilemme ouest-africain

L’expansion des conglomérats marocains s’inscrit dans une géopolitique plus large de retour du Maroc sur la scène africaine. Depuis son adhésion à l’Union africaine en 2017, le royaume multiplie les accords économiques et les participations dans des secteurs stratégiques. Pour les États ouest-africains, ces investissements représentent une alternative aux bailleurs traditionnels (Occident, Chine) et une source de capitaux frais. Mais ils soulèvent des inquiétudes quant à la préservation de la souveraineté sur les ressources minières et énergétiques. Les exemples de contrats miniers controversés dans la région invitent à la prudence : sans une régulation robuste, les bénéfices peuvent être captés par des acteurs extérieurs, tandis que les communautés locales peinent à en percevoir les retombées.

La dynamique observée avec Holmarcom pourrait préfigurer une intégration financière plus poussée entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest. Les filiales bancaires des conglomérats, renforcées par les acquisitions, deviennent des vecteurs de circulation des capitaux. Cela offre une opportunité de financement pour les PME locales, mais aussi un risque de fuite des capitaux si les profits sont rapatriés sans réinvestissement. Le Pacte d’avenir en six piliers dévoilé par la CEDEAO en mai 2026, qui vise à consolider l’intégration régionale, pourrait encadrer ces flux et garantir une répartition plus équitable.

L'irruption des conglomérats familiaux marocains dans le paysage économique ouest-africain reflète une recomposition des circuits d'investissement sur le continent. Entre opportunités de financement et risques de dépendance, la région devra arbitrer pour que l'exploitation de ses ressources minières serve son développement souverain. La question de l'énergie, maillon clé de la chaîne de valeur, reste en suspens : sans une infrastructure robuste et maîtrisée localement, les promesses de l'or pourraient s'évanouir dans les comptes offshore.