Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a révélé le 6 mai 2026, lors d'un entretien à l'IFC, un programme de production électrique de 20 000 MW, dépassant la capacité installée actuelle du Nigeria. Cette annonce, couplée à une introduction en bourse panafricaine de sa raffinerie promettant jusqu'à 25 milliards de dollars de dividendes, bouscule les équilibres énergétiques régionaux et interroge le rôle des États dans la fourniture d'infrastructures critiques.

📌 EN BREF

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote a révélé le 6 mai 2026, lors d'un entretien à l'IFC, un programme de production électrique de 20 000 MW, dépassant la capacité installée actuelle du Nigeria. Cette annonce, couplée à une introduction en bourse panafricaine de sa raffinerie promettant jusqu'à 25 milliards de dollars de dividendes, bouscule les équilibres énergétiques régionaux et interroge le rôle des États dans la fourniture d'infrastructures critiques.

L'ampleur du projet sidère : avec 20 000 MW, Dangote ambitionne de construire l'équivalent de 1,5 fois la capacité électrique totale du Nigeria, où la production disponible peine à atteindre 4 000 MW. Le groupe, fort d'une trésorerie solide après la mise en service de sa raffinerie, entend utiliser les flux générés par l'activité pétrolière pour financer cette diversification massive. Derrière l'annonce se dessine une stratégie de verticalisation : l'électricité servira aussi bien ses propres cimenteries, sucreries et usines que les réseaux nationaux, créant un écosystème intégré réduisant sa dépendance aux aléas du réseau public.

Le volet financier du plan est tout aussi disruptif. Dangote prévoit d'introduire sa raffinerie en bourse sur plusieurs places africaines, avec une cession de 25 % du capital qui pourrait générer 20 à 25 milliards de dollars de dividendes pour les investisseurs du continent. Cette promesse, adossée à un EBITDA projeté de 30 à 35 milliards de dollars, marque un changement de paradigme pour un groupe qui n'a jamais versé de dividende. Le paiement en dollars constitue un signal fort dans un environnement marqué par la rareté des devises, attirant les capitaux africains en quête de rendements stables.

Sur le plan régional, ce projet électrique pourrait redéfinir la souveraineté énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Le Nigeria, déjà premier producteur de pétrole de la région, deviendrait un exportateur net d'électricité vers ses voisins – Bénin, Togo, Niger – via le pool énergétique ouest-africain. Cette perspective réduirait la dépendance de ces pays aux importations d'électricité chères et intermittentes, tout en consolidant l'influence nigériane. Pour les États, l'arrivée d'un opérateur privé de cette envergure dans la production électrique allège la pression sur les finances publiques, souvent mises à rude épreuve par les subventions aux compagnies nationales d'électricité.

Cependant, la question du modèle économique demeure. Dangote n'a pas détaillé le mix énergétique prévu – gaz, solaire, hydroélectricité ? – ni le calendrier de déploiement. Dans un secteur où les projets de grande envergure souffrent souvent de retards et de surcoûts, la crédibilité de l'annonce repose sur la capacité du groupe à mobiliser des financements sans garanties souveraines. L'expérience de la raffinerie, construite en 7 ans pour un coût estimé à 19 milliards de dollars, joue ici comme un gage de sérieux, mais ne préjuge pas des obstacles réglementaires et fonciers qui attendent un projet d'infrastructure linéaire.

Au-delà du Nigeria, ce double pari – électrique et financier – illustre une tendance lourde : l'émergence de conglomérats privés capables de suppléer les États dans la fourniture de biens publics essentiels. Si Dangote réussit, il pourrait ouvrir la voie à d'autres groupes familiaux africains pour investir dans les infrastructures, transformant en profondeur le paysage énergétique ouest-africain. Mais la question de la soutenabilité de la dette et de la répartition des risques entre acteurs privés et publics reste entière.