En Côte d’Ivoire, la filière avicole tente de s’adapter à la flambée des coûts des aliments industriels, après la suspension d’une TVA de 18 % en janvier 2026. Plus de 500 éleveurs ont été formés en avril 2026 à la production locale d’aliments, révélant une stratégie de survie dans un contexte de suppression des exonérations fiscales. Cette initiative illustre les tensions entre compétitivité, sécurité alimentaire et souveraineté régionale.
En décembre 2025, le gouvernement ivoirien instaure une TVA de 18 % sur l’aliment pour volaille, mesure suspendue un mois plus tard sous la pression des éleveurs. Mais la suppression parallèle des exonérations sur les matières premières, effective depuis fin 2025, alourdit durablement les coûts de production. L’aliment représentant plus de 70 % des charges, le prix de revient d’un poulet atteint désormais 2 400 FCFA, un niveau qui fragilise la compétitivité face aux importations.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance régionale : plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest réduisent les subventions et exonérations fiscales pour assainir leurs finances publiques, sous la pression des institutions financières internationales. La Côte d’Ivoire, premier producteur de volaille de l’UEMOA, doit concilier consolidation budgétaire et soutien à une filière créatrice d’emplois, notamment en milieu rural.
La réaction des acteurs – plus de 500 aviculteurs modestes formés à la fabrication d’aliments à la ferme – révèle une capacité d’adaptation, mais aussi les limites d’une solution artisanale. L’autoproduction permet de réduire la dépendance aux industriels, mais pose des questions de qualité nutritionnelle, d’homogénéité et de coût à grande échelle. De plus, elle ne règle pas le problème structurel de l’accès aux matières premières locales, comme le maïs et le soja, dont les prix sont volatils.
La filière avicole ivoirienne illustre ainsi un dilemme plus large : comment maintenir une production nationale compétitive lorsqu’on supprime les soutiens publics tout en faisant face à des importations souvent moins chères, en provenance notamment du Brésil et de l’Europe ? Le gouvernement, de son côté, cherche à moderniser le secteur, mais les signaux fiscaux restent contradictoires.
Cette situation n’est pas propre à la Côte d’Ivoire. Au Sénégal, au Ghana ou au Nigeria, les filières avicoles subissent des pressions similaires, avec des réponses variées : subventions ciblées, barrières tarifaires, ou promotion de l’intégration verticale. La question de la souveraineté alimentaire – au-delà du simple accès – devient centrale dans les débats économiques ouest-africains.
Alors que les États cherchent à réduire leurs déficits, la volatilité des coûts des intrants et l’exposition aux importations mettent à l’épreuve la résilience des filières agricoles locales. L’issue de cette tension entre rigueur budgétaire et sécurité alimentaire déterminera en grande partie la capacité de la région à construire une autonomie durable, bien au-delà du seul secteur avicole.