La mine d’or Bomboré, opérée par le canadien Orezone Gold, a produit 37 563 onces au premier trimestre 2026, en hausse de 30% sur un an. Cette performance, portée par une nouvelle usine mise en service en décembre 2025, confirme l’objectif annuel de 160 000 à 180 000 onces. Au-delà des chiffres, elle interroge sur la répartition des revenus miniers et la capacité du Burkina Faso à renforcer sa souveraineté dans un secteur dominé par les groupes étrangers.
La croissance de Bomboré s’inscrit dans un contexte de prix de l’or historiquement élevés, ce qui amplifie l’impact financier pour Orezone comme pour l’État burkinabè. Avec une production attendue en hausse de 45% à 64% par rapport à 2025, les redevances et impôts versés au Trésor public pourraient significativement progresser, offrant une bouffée d’oxygène à un budget national sous tension sécuritaire. Toutefois, le partage de la valeur reste un enjeu majeur : le code minier de 2015 prévoit une participation gratuite de l’État de 10% et une option d’achat de 20% supplémentaire, mais son application effective est souvent source de négociations.
L’essor de Bomboré illustre aussi la résilience du secteur aurifère burkinabè face à l’insécurité. Malgré les attaques jihadistes récurrentes dans le Sahel, les opérations minières industrielles parviennent à maintenir leurs cadences, grâce à des dispositifs de sécurité privés et au soutien des forces armées nationales. Cette stabilité relative attire les investisseurs, comme en témoigne le maintien des prévisions d’Orezone. Cependant, elle ne doit pas masquer les risques : les mines artisanales illégales, souvent liées au financement de groupes armés, compliquent la gouvernance du secteur et privent l’État de recettes importantes.
Sur le plan régional, la performance de Bomboré renforce la position du Burkina Faso comme deuxième producteur d’or en Afrique de l’Ouest, derrière le Ghana. Mais cette dépendance à l’or expose l’économie aux fluctuations du cours mondial et à la volatilité des flux de capitaux étrangers. Par ailleurs, la multiplication des projets miniers dans la zone – au Mali, au Niger – intensifie la concurrence pour attirer les investissements, tout en posant la question de l’harmonisation des fiscalités minières au sein de l’UEMOA.
Enfin, la montée en puissance de Bomboré soulève des interrogations sur la souveraineté énergétique, terme souvent utilisé dans le débat public pour désigner l’autonomie décisionnelle. Dans les faits, la mine consomme d’importantes quantités d’électricité et de carburant, ce qui pèse sur la balance commerciale et la sécurité énergétique du pays. Orezone a cependant annoncé des investissements dans des centrales solaires pour réduire sa dépendance au réseau national, une tendance observée chez d’autres opérateurs miniers de la région.
La trajectoire de Bomboré illustre les opportunités et les fragilités du secteur minier ouest-africain. Alors que les États cherchent à accroître leur contrôle sur les ressources, l’équilibre entre attractivité pour les investisseurs et souveraineté effective reste à trouver. La question se pose avec acuité dans un contexte de boulimie aurifère mondiale, où chaque once extraite devient un levier de développement… ou de dépendance.