La Société multinationale de bitumes, seul producteur de bitume en Afrique de l'Ouest, a enregistré un bénéfice net de 13,1 milliards de FCFA en 2025, en hausse de 50% sur un an. Cette performance, portée par les programmes de construction routière dans la zone UEMOA, intervient dans un contexte de recomposition des équilibres pétroliers régionaux, marqué par la hausse de la production nigériane et les tensions sur les approvisionnements en produits raffinés.

Infographie — Or · Production

La Société multinationale de bitumes (SMB) a publié des résultats financiers sans précédent pour l'exercice 2025, avec un bénéfice net de 13,1 milliards de FCFA, soit 23,4 millions de dollars. Cette hausse de 50% par rapport à l'année précédente s'explique principalement par la forte demande de bitume générée par les grands chantiers d'infrastructures routières dans les pays de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Cette embellie intervient alors que la région connaît une dynamique contrastée dans ses secteurs extractifs. Les récentes annonces d'Iamgold et du Nigeria font état d'une hausse de la production d'or et de pétrole, respectivement, mais ces ressources sont souvent exportées brutes, sans transformation locale. Le cas du bitume est singulier : il s'agit d'un produit raffiné, issu du pétrole, et sa production locale réduit la dépendance aux importations.

La SMB tire parti de l'essor des investissements publics dans les routes, financés en partie par les recettes pétrolières et minières. La hausse de la production pétrolière nigériane, qui a atteint son plus haut niveau depuis cinq ans à 1,71 million de barils par jour, pourrait également sécuriser l'approvisionnement en brut nécessaire à la fabrication de bitume, même si la capacité de raffinage régionale reste limitée.

Au-delà de la performance financière, ce résultat interroge la souveraineté énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Le bitume est un intrant stratégique pour le développement des infrastructures, et disposer d'un producteur local permet de limiter les fuites de devises et de mieux contrôler la chaîne d'approvisionnement. Cependant, la SMB reste un acteur isolé : la sous-région importe encore une part significative de ses besoins en bitume et autres produits raffinés.

La mise en perspective avec les autres filières extractives est éclairante. Alors que l'or et le pétrole brut sont expédiés vers les marchés mondiaux, la production de bitume s'inscrit dans une logique de transformation locale, synonyme de valeur ajoutée et de création d'emplois. Ce modèle, s'il était étendu à d'autres ressources, pourrait renforcer la résilience économique de la région face aux chocs extérieurs.

Toutefois, des défis subsistent. L'approvisionnement en brut pour la raffinerie de la SMB dépend encore de circuits souvent perturbés, et la concurrence des bitumes importés, parfois subventionnés, pèse sur les marges. La hausse des coûts logistiques et l'instabilité dans certains pays limitrophes compliquent également l'expansion de l'activité.

Ce bénéfice record témoigne donc d'une tendance de fond : la montée en puissance de la transformation locale des matières premières en Afrique de l'Ouest, portée par une demande intérieure soutenue et une prise de conscience des enjeux de souveraineté. Il reste à voir si cette dynamique pourra s'étendre à d'autres secteurs, comme le raffinage pétrolier ou la métallurgie, pour amorcer une véritable industrialisation régionale.

La performance de la SMB illustre le potentiel de la transformation locale des ressources extractives en Afrique de l'Ouest, mais soulève également la question des conditions nécessaires à son essor : stabilité politique, investissements dans l'énergie et les transports, et politiques publiques favorisant l'intégration régionale. Alors que la production d'or et de pétrole continue de croître, la capacité à raffiner sur place pourrait devenir un avantage concurrentiel décisif pour la sous-région.