Le 26 avril 2026, la BRVM a listé les premières obligations issues d'une titrisation de créances du programme ivoirien « Électricité Pour Tous » (PEPT), pour un montant total de 60 milliards de francs CFA. Cette opération, structurée avec Africa Link Capital Titrisation, porte à 120 milliards les fonds levés via ce mécanisme, permettant de raccorder près de 800 000 nouveaux foyers. Elle illustre l'émergence d'un nouveau paradigme de financement des infrastructures en Afrique de l'Ouest, où les marchés financiers prennent le relais des financements budgétaires et internationaux traditionnels.

Lancé en 2014 dans le cadre de la vision « Côte d'Ivoire 2030 », le PEPT vise à généraliser l'accès à l'électricité sur l'ensemble du territoire ivoirien. Malgré des décennies d'investissements dans la production qui ont porté la capacité installée au-dessus de celle de la plupart des pays voisins, plus d'un quart de la population reste privée d'électricité. Le taux d'accès, estimé à 72 % par la Banque mondiale en 2023, stagne en raison de la difficulté à financer le raccordement et le tarif subventionné des ménages à faible revenu. En recourant à la titrisation, les autorités ivoiriennes cherchent à diversifier leurs sources de financement tout en consolidant la viabilité à long terme du programme.

La titrisation, mécanisme par lequel des créances futures (ici, les recettes du programme ou les subventions attendues) sont transformées en titres négociables, offre une alternative aux emprunts obligataires classiques. L'opération, scindée en trois tranches (FCTC EPT 7,50 % 2025–2032, 8,00 % 2025–2035 et 8,50 % 2025–2040), totalise 60 milliards de francs CFA, soit environ 107 millions de dollars, valeur nominale unitaire de 10 000 FCFA. Ce montant s'ajoute aux levées précédentes pour atteindre 120 milliards de francs CFA mobilisés via la titrisation, selon Silué Zahalo, président du Fonds PEPT. Ces ressources doivent accélérer le rythme des raccordements, visant 750 000 par an.

Cette innovation financière s'inscrit dans une tendance plus large en zone UEMOA, où la BRVM cherche à étoffer sa gamme de produits pour attirer les investisseurs institutionnels régionaux et internationaux. La titrisation de créances, encore rare sur le marché financier régional, permet de lier explicitement le rendement des obligations à la performance d'un programme public. Pour les investisseurs, elle offre une visibilité accrue sur les flux de trésorerie sous-jacents, tandis que pour l'État, elle réduit la pression sur le budget tout en améliorant la crédibilité du dispositif auprès des bailleurs.

Cependant, le succès de ce modèle dépendra de la capacité à garantir la qualité des actifs titrisés et à maintenir une gouvernance transparente. Dans un contexte où les besoins d'électrification restent immenses – plus de 150 millions de personnes sans accès en Afrique subsaharienne –, la reproductibilité de ce schéma dans d'autres pays de l'UEMOA (Mali, Sénégal, Niger, etc.) pourrait transformer le financement des infrastructures de base. La BRVM, en offrant une plateforme de négociation liquide, joue ici un rôle de catalyseur.

Au-delà de l'électrification, cette titrisation ouvre la voie à un recours accru aux marchés de capitaux pour financer des biens publics en Afrique de l'Ouest. Elle pose également la question de l'équilibre entre innovation financière et risques de surendettement, dans des économies où l'accès à l'énergie reste un levier clé de développement.