Le 23 avril 2026, la BRVM a lancé la cotation de trois tranches obligataires issues de la titrisation de créances du programme ivoirien « Électricité Pour Tous » (PEPT), pour un montant de 60 milliards FCFA. Cette opération, qui porte à 120 milliards FCFA les ressources mobilisées par ce mécanisme, illustre la montée en puissance de la finance structurée en zone UEMOA. Elle pose en creux la question de l'impact de telles innovations sur la politique monétaire régionale et la stabilité du franc CFA.

L'opération se décompose en trois maturités – 7,50 % à 7 ans, 8,00 % à 10 ans et 8,50 % à 15 ans – ce qui offre une courbe de taux de référence pour le secteur de l'énergie en Afrique de l'Ouest. En adossant le remboursement aux flux de créances des futurs abonnés, le Fonds PEPT et son gestionnaire Africa Link Capital Titrisation créent un actif décorrélé de la signature souveraine ivoirienne. Cela élargit la base d'investisseurs potentiels, notamment les fonds de pension et les assurances, en quête de rendements longs et sécurisés.

Au-delà de l'ingénierie financière, cette titrisation interroge le rôle de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Jusqu'ici, le financement des infrastructures passait principalement par les emprunts obligataires classiques ou le crédit bancaire, ce qui alimentait la pression sur la masse monétaire et les taux d'intérêt. En transformant des créances futures en titres négociables, le mécanisme allège la demande de liquidité bancaire et pourrait, à terme, contribuer à une meilleure maîtrise de l'inflation.

Cependant, ce schéma n'est pas sans risques. La performance des obligations dépend de la capacité des ménages à faible revenu à honorer leurs factures d'électricité. Or, le PEPT vise justement à raccorder 800 000 nouveaux foyers, dont une partie aura des revenus irréguliers. En cas de défaut de paiement généralisé, les investisseurs pourraient subir des pertes, ce qui affecterait la confiance dans la titrisation comme outil de financement. La BCEAO et le régulateur régional devront donc veiller à la qualité du sous-jacent et à la transparence de l'information.

Cette initiative s'inscrit dans une tendance plus large de diversification des sources de financement dans l'UEMOA. Depuis 2020, plusieurs États et entreprises ont eu recours à des obligations vertes, des sukuk ou des fonds de titrisation. La région tente ainsi de réduire sa dépendance aux marchés internationaux et aux tensions sur les taux directeurs de la BCEAO. Si le succès du PEPT se confirme, il pourrait servir de modèle pour d'autres programmes sociaux – accès à l'eau, santé, éducation – et renforcer l'attractivité de la BRVM.

La cotation des obligations « EPT 2025-2040 » est plus qu'une simple opération de financement : elle révèle la maturité croissante du marché financier régional et sa capacité à innover. Reste à savoir si la BCEAO adaptera ses outils de régulation pour accompagner cette nouvelle forme de création monétaire sans en subir les risques systémiques.