Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a exhorté à des réformes urgentes pour combler le déficit annuel de financement du développement en Afrique, estimé jusqu'à 1 600 milliards de dollars. Il a souligné que certains pays africains paient des taux d'intérêt jusqu'à trois fois supérieurs aux taux de référence, ce qui réduit leurs capacités d'investissement. Pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), cette situation ravive les tensions entre la nécessité de soutenir le crédit et les contraintes de la politique monétaire liée au franc CFA.

António Guterres a pointé du doigt, lors du Forum régional africain sur le développement durable, un déséquilibre majeur dans l'architecture financière internationale. Les pays africains, malgré des besoins énormes en infrastructures et en énergie, se voient imposer des primes de risque élevées sur les marchés de capitaux. Cette ponction financière aggrave la crise de la dette et compromet les objectifs de développement durable. Pour l'UEMOA, où la dette publique a augmenté significativement depuis la pandémie, le coût du service de la dette grève les budgets nationaux et limite les marges de manœuvre.

Dans la zone franc, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) mène une politique monétaire unique, avec un taux directeur qui influence le coût du crédit. Or, les taux d'intérêt sur les obligations souveraines de l'UEMOA sont souvent bien supérieurs à ce taux directeur, reflétant la perception de risque par les investisseurs. Les propos de Guterres rappellent que cette prime de risque n'est pas seulement liée aux fondamentaux économiques, mais aussi à une architecture financière mondiale qui pénalise structurellement les pays africains.

Cette situation a des conséquences directes sur le crédit dans la région. Des taux d'intérêt élevés renchérissent le financement des entreprises et des ménages, freinant l'investissement et la consommation. La BCEAO, dans son rôle de régulateur, tente de maintenir la stabilité des prix tout en soutenant la croissance, mais elle est confrontée à un dilemme : baisser les taux pourrait affaiblir le franc CFA et attiser l'inflation, tandis que les maintenir élevés asphyxie le crédit.

La stabilité du franc CFA, garantie par la parité fixe avec l'euro et le compte d'opérations, offre une crédibilité monétaire mais limite la flexibilité. Les critiques, comme celles de Guterres, remettent sur le tapis la question de la souveraineté monétaire et de la capacité des pays africains à mener des politiques adaptées à leurs besoins. L'appel à réformer l'architecture financière internationale pourrait offrir des solutions, comme un meilleur accès aux financements concessionnels ou une révision des mécanismes de notation.

Au-delà de l'UEMOA, c'est tout le modèle de financement du développement en Afrique qui est interrogé. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est présentée comme un levier pour attirer des investissements, mais sans réforme du système financier mondial, les pays africains risquent de rester prisonniers de taux d'intérêt qui hypothèquent leur avenir. La question est désormais de savoir si les engagements comme l'Engagement de Séville se traduiront par des actions concrètes.