Le Maroc envisage une adhésion à l’OCDE à l’horizon 2040, selon une étude du Policy Center for the New South. Cette ambition contraste avec la situation des émetteurs souverains ouest-africains, qui peinent à améliorer leurs notations malgré des signaux positifs comme la remontée du Nigeria à « B » par S&P. Le fossé de crédit interroge directement la politique monétaire de l’UEMOA et la stabilité du franc CFA.

Infographie — Obligations souveraines

Une ambition qui redessine la carte de la crédibilité régionale

L’étude d’Eugène Berg pour le Policy Center for the New South propose une feuille de route claire : le Maroc pourrait déposer sa candidature à l’OCDE entre fin 2030 et printemps 2031, en capitalisant sur l’élan de la Coupe du monde 2030. L’adhésion effective interviendrait vers 2040, à condition que le Royaume maintienne une croissance annuelle de 4 à 4,5 %. Ce scénario, s’il se réalise, placerait le Maroc dans le cercle des économies les plus structurées en matière de gouvernance et de compétitivité.

Pendant ce temps, en Afrique de l’Ouest, le chemin semble plus chaotique. Le Nigeria a certes vu sa note relevée par S&P Global Ratings à « B » avec perspective stable, un signal de renouveau pour la crédibilité d’Abuja. Mais le déficit d’infrastructures de la région atteint 118 milliards de dollars, selon l’Infrastructure Consortium for Africa, et le secteur privé reste atone. L’inflation en UEMOA a atteint 15,7 % en avril, compliquant la tâche de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).

Le paradoxe de la convergence monétaire

La perspective marocaine met en lumière un paradoxe pour l’UEMOA. D’un côté, la zone bénéficie d’un ancrage monétaire solide avec le franc CFA et d’une inflation modérée par rapport à ses voisins. De l’autre, la rigidité de ce régime pèse sur la compétitivité et limite la marge de manœuvre de la BCEAO pour soutenir l’activité. L’ambition marocaine, qui inclut une libéralisation du compte de capital et des réformes structurelles, contraste avec les lenteurs de l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest.

Les émetteurs souverains ouest-africains, comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal, émettent des euro-obligations à des taux souvent supérieurs à 6 %, tandis que le Maroc emprunte sur les marchés internationaux à des conditions plus proches de celle des émergents notés investment grade. L’écart de spread reflète non seulement la perception du risque mais aussi la qualité institutionnelle.

Quelles conséquences pour la BCEAO et le franc CFA ?

L’adhésion marocaine à l’OCDE, si elle se concrétise, pourrait accentuer la divergence régionale. Les investisseurs internationaux pourraient arbitrer en faveur du Maroc, perçu comme une porte d’entrée stable vers l’Afrique, au détriment des titres ouest-africains. Cela renchérirait le coût de financement des États de l’UEMOA et pèserait sur leurs déficits.

Pour la BCEAO, l’enjeu est double : maintenir la parité fixe du franc CFA tout en sauvegardant les réserves de change. Une fuite de capitaux vers le Maroc ou d’autres destinations plus sûres affaiblirait la balance des paiements et nécessiterait un resserrement monétaire, au risque d’étouffer la croissance. Certains analystes plaident pour une flexibilisation du franc CFA, mais les autorités monétaires restent prudentes.

Une fenêtre pour réformer

Le Maroc montre qu’une transformation institutionnelle est possible à condition de la programmer sur le long terme. Pour l’UEMOA, l’horizon 2030-2040 doit être celui de réformes structurelles : amélioration de la gouvernance, diversification économique, assainissement des finances publiques. Sans cela, le fossé de crédibilité avec des voisins comme le Maroc ne fera que se creuser, et les obligations souveraines ouest-africaines resteront prisonnières d’une prime de risque élevée.

L’étude marocaine invite l’Afrique de l’Ouest à un exercice de prospective. Alors que le déficit d’infrastructures et l’inflation pèsent sur les émetteurs, la question n’est pas tant de savoir si l’UEMOA doit imiter Rabat que d’identifier les réformes capables de restaurer la confiance des marchés. Le franc CFA, garantie de stabilité nominale, ne pourra à lui seul combler le retard institutionnel.