La Mauritanie et la Banque mondiale ont signé le 28 avril 2026 un accord de financement de 50,3 millions d'euros pour le programme « Économie bleue et renforcement de la résilience dans les zones côtières de l'Afrique de l'Ouest ». Ce prêt concessionnel de l'IDA, s'il ne concerne pas directement l'UEMOA, soulève des questions sur l'équilibre des comptes extérieurs et la pression sur les réserves de change dans la région. Au-delà du financement, cet accord illustre le rôle croissant des bailleurs internationaux dans le soutien aux économies ouest-africaines, avec des implications indirectes pour la parité du franc CFA.
Bien que la Mauritanie ne soit pas membre de l'UEMOA, ce financement de l'IDA s'inscrit dans une dynamique régionale plus large via le programme WACA (West Africa Coastal Areas) qui couvre plusieurs États de l'Union. Or, toute injection de devises étrangères (euros, dollars) dans une économie de la zone améliore mécaniquement sa balance des paiements et réduit la pression sur les réserves de change communes détenues par la BCEAO. Dans un contexte où le franc CFA est arrimé à l'euro, la disponibilité de financements extérieurs concessionnels constitue un filet de sécurité qui préserve la stabilité du change et limite les tensions sur les taux d'intérêt directeurs.
Le montant de 50,3 millions d'euros, soit environ 2,36 milliards d'ouguiyas nouvelles, peut sembler modeste à l'échelle macroéconomique. Mais il révèle une tendance de fond : les bailleurs de fonds internationaux, via l'IDA, privilégient des programmes axés sur la résilience climatique et la diversification économique. Pour les pays de l'UEMOA, fortement dépendants des matières premières et exposés aux chocs climatiques, de tels financements allègent le recours aux instruments monétaires internes pour lisser les cycles économiques.
Le programme cible la protection des côtes, la restauration des mangroves et le développement de chaînes de valeur durables dans la pêche, le tourisme côtier et les services logistiques. Ces secteurs, s'ils sont développés régionalement, peuvent générer des recettes d'exportation et réduire la vulnérabilité aux fluctuations des cours des produits de base. Or, une moindre volatilité des recettes d'exportation se traduit par une demande moins erratique de devises, ce qui favorise la stabilité du franc CFA et réduit les interventions de la BCEAO sur le marché des changes.
Sur le plan monétaire, le financement extérieur concessionnel (dons et prêts à taux très bas) n'alimente pas l'inflation car il ne crée pas de monnaie centrale. Au contraire, il accroît les réserves officielles et soutient la base monétaire sans risque de surchauffe. Cela permet à la BCEAO de maintenir des taux d'intérêt bas pour stimuler le crédit à l'économie, tout en conservant la parité fixe avec l'euro. L'accord mauritanien illustre ainsi comment des flux financiers multilatéraux, même hors Union, participent indirectement à l'équilibre monétaire régional.
Enfin, la signature de cet accord intervient dans un contexte de réforme du franc CFA et de discussions sur l'avenir de la coopération monétaire en Afrique de l'Ouest. L'intégration de la Mauritanie, même partielle, via des programmes régionaux comme WACA, pose la question de la convergence des politiques budgétaires et monétaires au-delà des frontières de l'UEMOA. Ce financement pourrait être un pas de plus vers une coordination accrue des stratégies de développement, avec des conséquences à terme sur l'architecture monétaire ouest-africaine.
L'accord entre la Mauritanie et la Banque mondiale pour l'économie bleue dépasse donc le simple cadre national. Il s'inscrit dans une logique de soutien extérieur à la stabilité macroéconomique de la région, avec des retombées indirectes mais réelles sur la politique monétaire de l'UEMOA. Alors que les discussions sur l'évolution du franc CFA se poursuivent, ce type de financement multilatéral pourrait jouer un rôle clé dans l'accompagnement de la transition monétaire, en offrant une source de devises stable et prévisible.