Le Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale (FEICOM) a redistribué 177,8 milliards de FCFA aux collectivités camerounaises en 2025, soit une hausse de 34,4 % par rapport à l’année précédente. Cette progression, bien que relevant du Cameroun (zone CEMAC), offre un cas d’école pour les huit pays de l’UEMOA, où la décentralisation budgétaire s’accélère. Entre tensions inflationnistes et assouplissement des conditions de crédit, ce mouvement interroge la capacité de la BCEAO à maintenir l’ancrage du franc CFA.

Infographie — Politique monétaire

Le 24 juin 2026, le FEICOM a annoncé des transferts records aux communes et communautés urbaines camerounaises. Les ressources de péréquation ont bondi de 45,5 milliards de FCFA en un an, atteignant 177,8 milliards. Parallèlement, les engagements budgétaires en faveur des collectivités ont progressé de 25,1 %, à 57,7 milliards de FCFA. Cette dynamique, si elle est propre au Cameroun, trouve un écho dans les pays de l’UEMOA, où les gouvernements multiplient les programmes de financement local sous l’impulsion des partenaires techniques.

Un précédent pour la zone UEMOA

Dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine, des pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Burkina Faso ont renforcé leurs dotations aux collectivités territoriales. En 2025, le Sénégal a alloué 95 milliards de FCFA aux communes, soit une hausse de 12 % par rapport à 2024. La Côte d’Ivoire a pour sa part voté une loi de finances 2026 prévoyant une augmentation de 15 % des transferts aux collectivités. Or, cette injection massive de liquidités dans les économies locales peut avoir des conséquences monétaires.

L’impact sur la masse monétaire et l’inflation

Lorsque des fonds publics sont décaissés en faveur des communes, ils entrent dans la circulation monétaire sans nécessairement être adossés à une augmentation de la production immédiate. À court terme, cela peut stimuler la demande et, si l’offre ne suit pas, générer des pressions inflationnistes. La BCEAO, qui surveille la stabilité des prix dans l’UEMOA, pourrait être contrainte de resserrer sa politique monétaire – par une hausse de ses taux directeurs ou un alourdissement des réserves obligatoires – pour neutraliser l’excès de liquidités.

Les canaux de transmission au crédit

L’effet ne se limite pas à l’inflation. Les banques locales, en voyant affluer les dépôts des collectivités, disposent d’une base de refinancement élargie. Dans un contexte où le taux d’intérêt moyen du marché monétaire de l’UEMOA oscille autour de 4,5 %, un afflux supplémentaire de liquidités pourrait faire baisser les taux interbancaires, et in fine les conditions de crédit aux entreprises et aux ménages. Cependant, cet assouplissement n’est pas automatique : si la BCEAO juge le risque inflationniste trop fort, elle peut stériliser ces liquidités via des opérations d’open market.

Une coordination régionale à renforcer

Le cas camerounais illustre une réalité : la décentralisation fiscale, bien que nécessaire pour le développement local, pose un défi de coordination entre les politiques budgétaires nationales et la politique monétaire unique. Dans l’UEMOA, le Pacte de convergence de 2015 fixe des critères de discipline, mais il n’encadre pas spécifiquement les transferts aux collectivités. Leur progression rapide dans plusieurs États membres pourrait fragiliser la stabilité macroéconomique, déjà mise à l’épreuve par la volatilité des cours des matières premières et les chocs climatiques.

Quelle marge de manœuvre pour la BCEAO ?

La banque centrale dispose de plusieurs outils pour contrer les effets indésirables : moduler ses taux, ajuster les coefficients de réserves, ou intervenir sur le marché des changes pour défendre le peg face à l’euro. Mais ses marges sont limitées par l’arrimage au franc français (convertibilité garantie par la France) et par la faiblesse des réserves de change de certains pays. Un afflux massif et non coordonné de liquidités locales pourrait, à terme, accroître la pression sur la parité, surtout si la croissance de la production n’est pas au rendez-vous.

Une évolution à suivre

Le FEICOM a mobilisé 361,8 milliards de FCFA en 2025, dépassant de 17 % ses prévisions. Cette performance, couplée à une hausse des investissements locaux de 25 %, suggère une tendance durable. Si les pays de l’UEMOA emboîtent le pas, la BCEAO devra intégrer ces flux dans ses projections. Les prochaines réunions du Comité de politique monétaire, prévues pour septembre 2026, seront scrutées de près pour détecter un éventuel changement de cap.

Au-delà du Cameroun, la décentralisation budgétaire en Afrique de l’Ouest soulève une question centrale : comment concilier l’autonomie financière locale avec la stabilité monétaire régionale ? La réponse déterminera non seulement l’avenir du franc CFA, mais aussi la capacité de l’UEMOA à financer ses infrastructures sans déstabiliser son tissu économique.