Le collectif Restitution pour l'Afrique (RAF) a saisi la justice française pour contraindre Morgan Stanley, Hottinguer, HSBC, Société Générale et Crédit Mutuel à livrer des documents sur la cession de Bolloré Africa Logistics à MSC en 2022. Au-delà du volet logistique, cette offensive judiciaire interroge le rôle des banques dans les transactions stratégiques en Afrique de l'Ouest. Elle survient alors que la région peine à attirer des financements à des conditions soutenables, comme le rappellent les récentes notations souveraines et le déficit d'infrastructures estimé à 118 milliards de dollars.
Banques sous pression : transparence ou opacité ?
Le collectif Restitution pour l'Afrique (RAF) exige la transparence sur la cession de Bolloré Africa Logistics à MSC (2022). Cinq banques internationales — Morgan Stanley, Hottinguer, HSBC, Société Générale, Crédit Mutuel — sont visées par une requête judiciaire à Paris. En jeu : la traçabilité d’une transaction de 5,7 milliards € et le rôle des intermédiaires financiers dans les infrastructures critiques ouest-africaines.
Traçabilité financière
La justice française pourrait contraindre les banques à révéler l’origine des fonds et la valorisation réelle des actifs cédés. Un précédent pour les transactions d’infrastructures en Afrique de l’Ouest.
Banques en première ligne
Société Générale, HSBC et Morgan Stanley sont aussi des acteurs majeurs des obligations souveraines ouest-africaines (Sénégal, Côte d’Ivoire, Bénin). Leur rôle de conseil est désormais scruté.
Déficit d’infrastructures
La région ouest-africaine fait face à un besoin de financement de 118 milliards $ pour ses infrastructures. La transparence des transactions passées conditionne la confiance des investisseurs.
Niveau de transparence des transactions
La pression judiciaire pourrait faire évoluer les pratiques vers plus de transparence.
Contexte macro — Côte d’Ivoire
Solde budgétaire (% PIB)
Selon le FMI
Dette publique brute (% PIB)
Selon le FMI
Inflation
Selon le FMI
Pourquoi c’est important : La Côte d’Ivoire est l’un des principaux émetteurs d’euro-obligations en Afrique de l’Ouest. Les banques du contentieux (Société Générale, HSBC) sont aussi ses teneurs de livre. La transparence des transactions passées affecte la crédibilité de la place.
« Si la justice française ordonne la communication des archives, elle exposera des pratiques de conseil et de financement qui ont longtemps échappé au contrôle des États africains. »
— Extrait de l’article Cauris
La requête déposée par RAF vise à reconstituer la traçabilité d’une opération de 5,7 milliards d’euros. Les cinq établissements visés – Morgan Stanley, Hottinguer, HSBC, Société Générale et Crédit Mutuel – ont joué des rôles de conseil, d’intermédiaire ou de teneur de comptes. L’enjeu est de vérifier si la valorisation a tenu compte des droits des États africains et de l’origine des actifs. Une telle transparence, si elle est imposée, pourrait créer un précédent pour toutes les transactions impliquant des ressources ou des infrastructures critiques en Afrique de l’Ouest.
Ces banques sont également des acteurs majeurs des marchés obligataires ouest-africains. Société Générale et HSBC, par exemple, figurent parmi les teneurs de livre des euro-obligations émises par le Sénégal, la Côte d’Ivoire ou le Bénin. Morgan Stanley agit comme conseil dans des restructurations de dette. Si la justice française ordonne la communication des archives, elle exposera des pratiques de conseil et de financement souvent opaques. Cela pourrait affecter la disposition de ces banques à accompagner de futures émissions souveraines, par crainte d’un contrôle accru.
Le timing est sensible. En mai 2026, S&P a relevé la note du Nigeria à « B », signe d’une amélioration de la crédibilité financière de l’Afrique de l’Ouest. Mais ce signal positif coexiste avec une inflation régionale à 15,7 % et des déficits budgétaires persistants. La décision de RAF intervient alors que les investisseurs internationaux observent attentivement la gouvernance financière de la région. Un scandale sur une transaction emblématique pourrait raviver la perception de risque, et par ricochet, renchérir le coût de la dette souveraine.
Pour l’UEMOA, l’affaire Bolloré pose une question plus structurelle : les banques qui gèrent les flux de capitaux et les émissions obligataires sont-elles suffisamment contrôlées ? La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) supervise le système bancaire régional, mais les banques étrangères opèrent souvent via des filiales. Les révélations de la justice française pourraient inciter la BCEAO à renforcer ses exigences de transparence sur les transactions transfrontalières, avec un impact direct sur la liquidité interbancaire et les taux d’intérêt.
Le franc CFA, arrimé à l’euro, offre une stabilité nominale mais limite la marge de manœuvre monétaire. Si les banques internationales réduisent leur exposition à la région, la BCEAO devra compenser via des opérations de refinancement ou des réserves. La pression sur le taux de change pourrait s’accentuer, surtout si les exportations de matières premières, qui soutiennent le compte d’opérations, venaient à souffrir d’une baisse de confiance.
En filigrane, ce contentieux illustre une tendance lourde : la judiciarisation des relations économiques entre l’Afrique et ses partenaires. Après les recours sur les contrats miniers et pétroliers, c’est au tour de la logistique portuaire d’être scrutée. Les banques, maillons essentiels du financement du développement, sont désormais dans le viseur. Leur réponse – collaboration ou résistance – marquera la prochaine phase de la relation financière euro-africaine.
L’issue de cette procédure française éclairera la capacité des acteurs financiers à opérer dans un environnement où la transparence devient une exigence politique. Pour l’Afrique de l’Ouest, l’enjeu dépasse le simple cas Bolloré : il s’agit de démontrer que les leviers du financement international peuvent être soumis à un contrôle effectif, condition nécessaire pour instaurer une confiance durable sur les marchés de la dette souveraine.