L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) affiche un excédent de sa balance courante de 856,9 milliards FCFA au premier trimestre 2026, soit une amélioration de plus de 1 000 milliards par rapport au déficit de 202 milliards enregistré un an plus tôt. Ce retournement, signalé par le dernier rapport de politique monétaire de la BCEAO, offre un répit inattendu à une région confrontée à des chocs sécuritaires et politiques. Il interroge sur la capacité de la banque centrale à ajuster sa politique dans un contexte de reprise fragile.
Balance courante UEMOA : le grand retournement
Après des années de déficits, l’Union dégage un excédent de 856,9 milliards FCFA au premier trimestre 2026. Une amélioration de plus de 1 000 milliards par rapport au déficit de 202 milliards enregistré un an plus tôt.
Les 3 moteurs du redressement
Or, cacao, pétrole : les matières premières portent la croissance des ventes à l’étranger.
Cours mondiaux des hydrocarbures et denrées alimentaires en repli.
Dynamisme maintenu malgré le ralentissement économique global.
Contexte régional contrasté
Reprise inégale mais les fondamentaux macroéconomiques s’améliorent globalement dans l’Union.
Ce redressement inattendu offre un répit à la BCEAO dans un environnement sécuritaire et politique tendu. La banque centrale doit désormais ajuster sa politique monétaire pour soutenir une reprise encore fragile.
Le redressement des comptes extérieurs de l'UEMOA au premier trimestre 2026 marque un tournant après plusieurs années de déficits chroniques. Selon les données de la BCEAO, l'excédent de 856,9 milliards FCFA résulte d'une forte progression des exportations de matières premières – notamment l'or, le cacao et le pétrole – conjuguée à une modération des importations liée à la baisse des cours mondiaux des hydrocarbures et des denrées alimentaires. Les transferts des travailleurs migrants, restés dynamiques malgré le ralentissement économique global, ont également soutenu ce solde positif. Ce rebond intervient dans un contexte régional contrasté : le Burkina Faso, par exemple, a conclu un accord avec le FMI pour 81 millions de dollars en mai 2026, tandis que le Sénégal connaît un remaniement politique avec la nomination d'un banquier à la tête du gouvernement le 25 mai. Ces évolutions montrent que la reprise est inégale mais que les fondamentaux macroéconomiques s'améliorent globalement.
Implications pour la politique monétaire
L'excédent courant renforce directement les réserves de change de l'Union, un indicateur clé pour la soutenabilité du franc CFA. La BCEAO disposait déjà, fin 2025, d'un taux de couverture des émissions monétaires supérieur à 80 %, grâce à des tirages sur le FMI et des emprunts obligataires. Le nouveau surplus apporte une marge supplémentaire qui pourrait permettre à la banque centrale d'assouplir sa politique monétaire sans provoquer de tensions sur le taux de change. Alors que l'inflation dans l'UEMOA est tombée à 3,2 % en moyenne en 2025, contre 5,8 % un an plus tôt, le gouverneur de la BCEAO pourrait être tenté de réduire son principal taux directeur, actuellement à 4,5 %, pour stimuler le crédit au secteur privé. Cependant, un tel geste dépendra aussi de la trajectoire des prix mondiaux et de la demande intérieure, qui reste atone dans plusieurs pays membres.
Le lien entre comptes extérieurs et crédit bancaire n'est pas mécanique. L'excédent courant accroît la liquidité bancaire, mais les banques commerciales restent prudentes face à la montée des créances douteuses, en particulier dans les pays en crise sécuritaire. Au premier trimestre 2026, le crédit à l'économie a progressé de 4,5 % en rythme annuel, un rythme inférieur à la moyenne des cinq dernières années. La BCEAO pourrait donc encourager une baisse des taux débiteurs en abaissant son taux directeur, mais aussi en renforçant ses dispositifs de refinancement ciblés vers les secteurs productifs. La décision du comité de politique monétaire, prévue fin juillet, sera scrutée de près.
Perspectives régionales et défis
L'amélioration des comptes extérieurs ne doit pas occulter les fragilités structurelles. La dépendance aux exportations de matières premières expose l'UEMOA aux fluctuations des cours mondiaux, et la baisse récente des prix du pétrole pourrait se retourner si l'offre se resserre. Par ailleurs, les tensions géopolitiques – notamment la sortie de trois pays membres de la CEDEAO et les incertitudes politiques au Sénégal – pèsent sur la confiance des investisseurs. Le FMI, dans son dernier rapport sur la région, a souligné la nécessité de poursuivre les réformes budgétaires pour consolider les progrès accomplis. La BCEAO, de son côté, devra trouver un équilibre entre soutien à la croissance et maintien de la stabilité externe, alors que les réserves de change atteignent un niveau confortable mais encore insuffisant pour faire face à un choc majeur.
Le retour à l'excédent courant offre une fenêtre d'opportunité à la BCEAO pour ajuster sa politique monétaire sans compromettre la parité du franc CFA. Reste à savoir si cette embellie est conjoncturelle – portée par des termes de l'échange favorables – ou le signe d'une transformation structurelle des économies de l'UEMOA. Les prochains mois, marqués par des échéances politiques et la normalisation monétaire internationale, apporteront des éléments de réponse décisifs.