Les systèmes de paiement de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont atteint un niveau d'activité sans précédent en 2025. Selon les données de la BCEAO, le système STAR-UEMOA a traité l'équivalent de 2 209 milliards de dollars, tandis que SICA-UEMOA a géré près de 157 milliards de dollars. Ce record intervient alors que la Communauté d'Afrique de l'Est (CAE) s'efforce d'accélérer son propre projet de monnaie unique, dans un contexte de quête généralisée de souveraineté financière sur le continent.
Record historique des systèmes de paiement
STAR-UEMOA et SICA-UEMOA atteignent des volumes inédits en 2025, confirmant la souveraineté financière régionale.
Modernisation des infrastructures
Contexte régional
Une modernisation de longue haleine
La BCEAO a détaillé, lors d'un séminaire organisé à Dakar les 20 et 21 juillet 2026, les grandes étapes de la modernisation de ses infrastructures de paiement, entamée au début des années 2000. Thierry Ahouanvoedo, chef du service Analyse et Production fiduciaire, a rappelé que les processus manuels – comme le traitement des chèques, qui prenait plusieurs jours – ont progressivement cédé la place à des systèmes automatisés. Aujourd'hui, les trois piliers que sont STAR-UEMOA (paiements de gros montant), SICA-UEMOA (compensation de masse) et le système régional de paiement par carte assurent une interopérabilité et une efficacité accrues. Les chiffres records de 2025 témoignent de cette transformation profonde : 1 247 988 milliards de FCFA pour STAR-UEMOA et 88 465 milliards de FCFA pour SICA-UEMOA, soit une progression significative par rapport aux années précédentes.
Le contexte régional : une course à l'autonomie financière
Cette performance de la BCEAO s'inscrit dans un mouvement plus large de recherche de souveraineté financière en Afrique de l'Ouest et au-delà. La régulation des paiements numériques se renforce, comme l'illustre l'obligation de compensation locale des transactions par carte au Nigeria, première économie de la région. Parallèlement, la CAE tente d'insuffler une nouvelle dynamique à son projet de monnaie unique, avec un calendrier technique révisé et la mise en place d'un Institut monétaire est-africain en Tanzanie. La Banque d'Ouganda, par la voix de son gouverneur Michael Atingi Ego, mène les débats à Kampala où les banquiers centraux ont bouclé de longues discussions en juillet 2026.
Des avancées inégales
Si les indicateurs macroéconomiques de la CAE sont encourageants – croissance prévue à 5,2 % en 2026, inflation redescendue à 6,7 % – les disparités internes restent préoccupantes. Le Kenya et la Tanzanie respectent les critères de convergence, mais la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud accumulent des retards qui freinent l'élan collectif. En UEMOA, la situation est plus homogène : les huit pays partagent une monnaie commune et une banque centrale unique, ce qui facilite l'intégration des systèmes de paiement. Cependant, l'inflation dans la zone reste sous surveillance, et la croissance projetée à 6,1 % pour 2026 doit être consolidée.
Le rôle clé de la data
Un des points saillants du séminaire de Dakar a été la présentation des projets liés à l'utilisation des données sur les transactions financières. La BCEAO explore comment ces données peuvent améliorer la politique monétaire, la supervision bancaire et la connaissance de l'activité économique. Cette orientation rejoint les préoccupations de la CAE, où l'harmonisation des systèmes d'information est un préalable à l'union monétaire. L'enjeu est de taille : disposer de données fiables et comparables pour piloter une politique monétaire régionale efficace.
Une dynamique sous tension géopolitique
Les secousses géopolitiques mondiales, évoquées par les gouverneurs de la CAE, n'épargnent pas l'UEMOA. La volatilité des cours des matières premières, l'inflation importée et les tensions commerciales entre grandes puissances pèsent sur les économies ouest-africaines. La modernisation des infrastructures de paiement offre toutefois une résilience accrue, en réduisant la dépendance aux systèmes occidentaux et en sécurisant les transactions transfrontalières. Dans ce contexte, les records de STAR-UEMOA et SICA-UEMOA ne sont pas seulement une performance technique : ils incarnent une capacité accrue à gérer les flux financiers régionaux de manière autonome.
La BCEAO et la CAE illustrent deux approches complémentaires de la souveraineté financière : l'une par l'approfondissement d'une union monétaire existante, l'autre par la construction progressive d'une monnaie commune. Les défis restent nombreux, qu'il s'agisse des disparités internes, de l'harmonisation des données ou de la résilience face aux chocs extérieurs. Mais le cap est clair : l'Afrique de l'Ouest et de l'Est avancent, chacune à son rythme, vers une maîtrise accrue de leurs destinées monétaires.