Le Corporate Council on Africa, principale organisation d'affaires américaine pour l'Afrique, a désigné le Togo comme une plateforme stratégique d'investissement en Afrique de l'Ouest. Cette déclaration, faite le 21 mai à Lomé par sa PDG Florizelle Liser, met en lumière les atouts du pays – port en eau profonde, position géographique – et les réformes récentes. Elle intervient alors que la région ouest-africaine multiplie les initiatives d'intégration économique et énergétique, et que les partenaires internationaux réévaluent leurs stratégies.

Infographie — Économie · Togo

Un hub naturel pour la sous-région

La visite de Florizelle Liser au Togo n'est pas anodine. Le Corporate Council on Africa (CCA) rassemble les plus grandes entreprises américaines engagées sur le continent. En choisissant Lomé pour une rencontre avec le président Faure Gnassingbé, l'organisation confirme l'attractivité croissante du pays comme porte d'entrée vers l'Afrique de l'Ouest. Le Togo dispose d'un port en eau profonde – le port autonome de Lomé – qui en fait un point de transit majeur pour les marchandises à destination des pays enclavés de l'hinterland (Burkina, Niger, Mali). Sa stabilité politique relative et ses réformes de simplification des procédures douanières ont renforcé son rang dans les classements internationaux de facilité à faire des affaires.

Cette dynamique s'inscrit dans un mouvement plus large de modernisation économique au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Comme le rappelaient récemment des analyses de la Banque mondiale et du FMI, les pays de la zone ont engagé des réformes macroéconomiques significatives : resserrement des politiques monétaires, rationalisation des dépenses publiques, amélioration de la gestion des finances publiques. Ces efforts, bien que parfois douloureux à court terme, visent à créer un environnement plus prévisible pour les investisseurs. Le Togo, grâce à ses atouts logistiques, se trouve en première ligne pour capter les retombées de ces réformes.

Une reconnaissance dans un contexte régional en mutation

La déclaration du CCA intervient également à un moment où l'intégration physique de la région progresse. Le programme WAPP (West African Power Pool) a ainsi permis la construction de plus de 4 000 kilomètres de lignes de transport à haute tension, reliant 15 pays ouest-africains. Le Togo, déjà interconnecté avec le Ghana et le Bénin, bénéficie directement de cette mutualisation énergétique, qui réduit les coûts et sécurise l'approvisionnement – un argument de poids pour les investisseurs industriels.

Par ailleurs, le renforcement du financement en monnaie locale, soutenu par la Banque africaine de développement (BAD) au sein de l'UEMOA, facilite l'accès au crédit pour le secteur privé. Cette initiative répond à une demande historique des investisseurs étrangers, souvent freinés par le risque de change. En offrant des solutions de financement en franc CFA, la BAD contribue à rendre la région plus attractive, et le Togo pourrait en être l'un des principaux bénéficiaires compte tenu de son positionnement de hub.

Le contexte régional plus large est marqué par des signaux de stabilisation. Le Ghana, voisin immédiat du Togo, a conclu avec succès la dernière revue de son programme avec le FMI, mettant fin au plan de sauvetage de 3 milliards de dollars accordé en 2023. Cette sortie de crise rassure les investisseurs sur la résilience de la sous-région. Parallèlement, la feuille de route élaborée à Lagos en mai 2026 par les dirigeants ouest- et centrafricains témoigne d'une volonté de coordination des politiques économiques, indispensable pour attirer des capitaux à long terme.

Enfin, la perspective du prochain sommet des affaires USA-Afrique, prévu en juillet 2026 à l'Île Maurice, donne une résonance particulière à la visite de Florizelle Liser. Le Togo pourrait y jouer un rôle de vitrine pour les opportunités d'investissement en Afrique de l'Ouest. Reste à savoir si le pays saura transformer cette reconnaissance en flux concrets de capitaux, au-delà du secteur portuaire et logistique, vers des filières plus diversifiées comme l'agro-industrie ou les services numériques.

Cette reconnaissance par le Corporate Council on Africa pourrait renforcer les flux d'investissements américains vers l'Afrique de l'Ouest, mais elle pose aussi la question de la concurrence entre hubs régionaux. Alors que la Côte d'Ivoire et le Ghana disposent d'atouts comparables, le Togo devra continuer à innover pour maintenir son avantage compétitif. Au-delà du cas togolais, c'est la capacité de l'ensemble de la région à offrir un environnement stable et intégré qui est en jeu, condition indispensable pour attirer des investissements à la hauteur des défis du développement.