Du 4 au 8 mai 2026, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ont piloté un exercice de simulation de la fièvre de Lassa à Cotonou, au Bénin, réunissant experts et agents de sept pays d’Afrique de l’Ouest. Cette initiative s’inscrit dans un effort de renforcement des capacités de détection et de réponse aux épidémies, alors que la région fait face à des pressions sanitaires croissantes liées à l’urbanisation et aux échanges transfrontaliers. L’exercice révèle les dynamiques de coopération régionale et l’implication américaine dans la sécurité sanitaire ouest-africaine, un enjeu sous-jacent pour la stabilité économique de la zone.

Infographie — Économie · Afrique de l'Ouest

L’exercice de simulation, coordonné par le Dr Kerton Victory, conseiller régional des CDC pour l’Afrique de l’Ouest, a mobilisé des agents de surveillance et techniciens de laboratoire du Bénin, du Mali, du Togo, du Ghana, du Nigeria, de la Mauritanie et du Burkina Faso. Les sessions ont porté sur l’évaluation des systèmes de laboratoire, la prévention des infections, la communication des risques et la coordination sanitaire transfrontalière. Cette approche multisectorielle, appuyée par des partenaires comme le Réseau africain d’épidémiologie de terrain (AFENET) et le Centre régional de surveillance de la CEDEAO, vise à combler les lacunes identifiées lors des récentes épidémies, notamment celle de fièvre de Lassa au Nigeria en 2025.

La fièvre de Lassa, endémique en Afrique de l’Ouest, représente une menace sanitaire et économique récurrente. Selon l’Organisation mondiale de la santé, elle touche chaque année entre 100 000 et 300 000 personnes dans la région, avec un taux de létalité pouvant atteindre 15 % chez les cas graves. Les coûts directs et indirects pour les systèmes de santé et les économies locales sont significatifs, affectant la productivité et les finances publiques. En renforçant la coordination transfrontalière, cet exercice répond à un besoin de mutualisation des ressources dans une zone où les flux de populations et de biens sont intenses, en lien avec les corridors économiques de la CEDEAO.

Le secrétaire général du ministère de la Santé du Bénin, le Dr Ali Chabi, a souligné l’importance de la collaboration régionale et de la coordination multisectorielle pour lutter contre les maladies émergentes. Cette position reflète une prise de conscience croissante au sein des États ouest-africains que les menaces sanitaires ne connaissent pas de frontières et que leur gestion impacte directement la confiance des investisseurs et la stabilité macroéconomique. L’implication américaine, réaffirmée par le diplomate Shane Dixson, s’inscrit dans le cadre de la stratégie de santé mondiale des États-Unis, qui voit en l’Afrique de l’Ouest un maillon clé pour la prévention des pandémies.

Sur le plan régional, cet exercice s’ajoute aux efforts antérieurs de la CEDEAO pour harmoniser les politiques de santé publique. Depuis 2020, l’organisation a mis en place un Centre régional de surveillance et de contrôle des maladies à Abuja, visant à améliorer la collecte de données et la réponse rapide. Cependant, les disparités de capacités entre les pays membres restent un défi : le Nigeria dispose de laboratoires de niveau de sécurité biologique 4, tandis que le Mali ou le Burkina Faso souffrent d’infrastructures plus limitées. La simulation de Cotonou permet donc de tester concrètement l’interopérabilité des systèmes.

Au-delà de la santé, l’exercice soulève des questions sur la souveraineté et le financement des initiatives régionales. La dépendance aux financements et expertises extérieurs, notamment américains, interroge sur la pérennité des dispositifs. Le Dr Herbert Kazoora, représentant d’AFENET, a évoqué la vision « Une Afrique en meilleure santé », mais la mise en œuvre effective nécessite des budgets nationaux conséquents. Alors que les économies ouest-africaines sont sous pression (inflation, dette), les dépenses de sécurité sanitaire sont parfois reléguées au second plan.

Dans le contexte des récentes crises sécuritaires et climatiques, la santé publique devient un vecteur de résilience économique. Les épidémies peuvent entraîner des fermetures de frontières et des perturbations des chaînes d’approvisionnement, comme cela a été observé lors d’Ebola ou du Covid-19. Renforcer la coordination transfrontalière, comme le fait cet exercice, est donc un investissement indirect pour la fluidité des échanges et la stabilité des marchés régionaux.

Cet exercice de simulation à Cotonou illustre une tendance lourde : la régionalisation des réponses sanitaires face à des menaces globales. Pour les économies ouest-africaines, la capacité à prévenir et gérer les épidémies est un facteur de compétitivité et de résilience. Alors que la CEDEAO cherche à approfondir son intégration, la santé publique pourrait devenir un terrain d’expérimentation de gouvernance partagée, avec des implications allant au-delà des seuls bilans sanitaires.