Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a installé le 28 avril le Conseil Stratégique de l'Initiative SunuChampions, marquant une étape clé dans sa politique de développement endogène. Objectif : sélectionner et accompagner quinze entreprises à fort potentiel pour en faire des locomotives de l'économie nationale. Cette démarche s'inscrit dans une tendance régionale où plusieurs États ouest-africains cherchent à renforcer leur tissu productif face aux défis de la mondialisation.

L'installation du Conseil Stratégique de SunuChampions, présidé par le président lui-même, traduit une volonté d'ancrer l'initiative au plus haut niveau de l'État. La composition de l'organe – sept personnalités issues du privé, de l'administration et du monde académique – reflète une approche de co-construction entre l'État et les forces vives du pays. Lors de sa première session, le Conseil a déjà formulé des recommandations sur les critères de sélection et l'accompagnement, témoignant d'une mise en œuvre rapide.

Cette initiative intervient dans un contexte où la souveraineté économique est devenue un leitmotiv du nouveau gouvernement. Bassirou Diomaye Faye insiste sur l'idée qu'aucune souveraineté durable ne se construit sans entreprises nationales solides. En ciblant quinze « champions », l'État cherche à concentrer des ressources limitées sur des pépites capables d'impacts systémiques, plutôt que de disperser les aides. Il s'agit d'un pari sur l'effet d'entraînement de ces locomotives dans leurs filières respectives.

Le dispositif d'accompagnement promet d'être ambitieux : au-delà du financement, il devrait inclure du mentorat, un accès facilité aux marchés publics et un appui à l'internationalisation. La sélection « rigoureuse et transparente » vise à éviter les écueils des anciens programmes de soutien, souvent critiqués pour leur opacité. Reste à voir comment ces critères seront objectivés et si le processus résistera aux pressions politiques.

Dans la région, plusieurs pays tentent des approches similaires. La Côte d'Ivoire a lancé son « Plan National de Développement » avec un volet champions nationaux, tandis que le Ghana a renforcé sa « Ghana Export Promotion Authority ». Au sein de l'UEMOA, la stratégie industrielle régionale encourage l'émergence de groupes compétitifs. SunuChampions s'inscrit donc dans un mouvement plus large de réindustrialisation ouest-africaine, même si chaque pays adapte le modèle à son contexte.

Cependant, ces politiques soulèvent des questions récurrentes : comment éviter que l'État ne crée des rentes au lieu de stimuler la compétitivité ? La sélection discrétionnaire peut générer des risques de capture. Par ailleurs, la capacité des quinze entreprises à devenir réellement compétitives au niveau régional et international dépendra de l'environnement des affaires global – accès au crédit, qualité des infrastructures, stabilité macroéconomique. SunuChampions ne pourra réussir sans réformes structurelles parallèles.

L'initiative SunuChampions illustre une tendance de fond en Afrique de l'Ouest : la recherche d'une souveraineté économique par la constitution de champions nationaux capables de porter l'industrialisation. Elle reflète aussi une évolution du rôle de l'État, qui passe d'un simple régulateur à un acteur stratégique de la transformation productive. Reste à savoir si ce volontarisme saura conjuguer efficacité et inclusion, dans un environnement régional marqué par la concurrence des blocs et les défis climatiques et démographiques.