Les échanges commerciaux entre le Sénégal et le Royaume-Uni ont quadruplé depuis 2020 pour atteindre près de 700 milliards de FCFA, selon l’ambassadrice britannique Carine Robarts. Derrière ce chiffre se dessine une transformation profonde des relations bilatérales : Londres abandonne progressivement les modèles classiques d’aide au développement au profit d’investissements massifs dans les infrastructures, l’énergie et la recherche. Ce repositionnement pose la question de la place du Sénégal dans la nouvelle stratégie africaine du Royaume-Uni, post-Brexit, et interroge les autres économies ouest-africaines sur leur capacité à attirer des flux similaires.

La multiplication par quatre des échanges entre le Sénégal et le Royaume-Uni en seulement six ans est un signal fort, mais mérite d’être décortiquée. Le volume de 700 milliards de FCFA, soit environ 1,1 milliard d’euros, inclut à la fois les exportations sénégalaises vers le Royaume-Uni (principalement l’or, le poisson, les produits chimiques) et les importations en provenance du Royaume-Uni (machines, équipements de transport, produits pharmaceutiques). L’ambassadrice a souligné que cette croissance « fulgurante » est portée par l’implantation d’une cinquantaine d’entreprises britanniques sur le sol sénégalais, engagées dans des projets structurants comme le port en eau profonde de Ndayane, le Bus Rapid Transit (BRT) de Dakar, ou encore les opérations énergétiques de BP. Ces projets, à forte intensité de capital, transforment la structure des échanges : ils génèrent des flux d’importation de biens d’équipement et de services techniques, mais aussi des transferts de compétences.

Le quadruplement des échanges Sénégal-Royaume-Uni en six ans est le symptôme d’un basculement des modèles de coopération, où l’investissement privé et les projets structurants prennent le pas sur l’aide traditionnelle. Pour les autres pays de la région, ce cas sénégalais offre une illustration de ce que peut être une relation « gagnant-gagnant » dans un contexte de concurrence accrue entre partenaires étrangers. Reste à savoir si cette approche, centrée sur des projets à haute intensité capitalistique, produit des retombées inclusives pour les populations, ou si elle creuse les écarts entre les secteurs connectés à l’international et le reste de l’économie.