Le Sénégal se trouve à un carrefour économique décisif. Depuis 2024, le programme avec le FMI est suspendu après la découverte d'engagements financiers non déclarés. Le professeur Abou Kane, directeur du laboratoire d'économie publique de l'UCAD, estime que les discussions à venir seront déterminantes. Alors qu'un nouveau gouvernement vient d'être formé début juin 2026, le pays doit choisir entre une restructuration de sa dette ou des réformes structurelles pour relancer l'économie.

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Le professeur Abou Kane rappelle que le niveau d'endettement du Sénégal reste élevé, malgré les ajustements statistiques récents liés au rebasing de l'économie. L'une des options régulièrement évoquées est la restructuration de la dette, c'est-à-dire la renégociation des échéances et des conditions financières pour soulager temporairement les finances publiques. Mais l'universitaire prévient : « La restructuration n'est pas une mauvaise solution en soi, mais elle intervient aujourd'hui dans un contexte moins favorable qu'en 2024. » Une opération menée plus tôt aurait pu être négociée dans des conditions plus avantageuses, selon lui. Aujourd'hui, les risques sont plus élevés : perte de confiance des investisseurs, accès futur aux marchés financiers compromis, pression sur le système bancaire exposé aux titres publics.

Les limites des solutions endogènes

Pour Abou Kane, les défis économiques ne pourront être relevés durablement sans un secteur privé plus robuste. Les différentes stratégies de développement ont accordé une place importante au secteur privé, mais les résultats en matière de financement des projets et d'investissements sont restés en deçà des attentes. « Les recettes publiques proviennent avant tout de la création de richesses », rappelle-t-il. Le renforcement du tissu productif national est la condition essentielle pour élargir l'assiette fiscale et accroître durablement les ressources de l'État. Actuellement, le Sénégal présente des contraintes qui limitent l'attractivité des investissements, notamment un coût de l'investissement élevé au regard de la croissance générée.

La mobilisation des ressources internes insuffisante

La faiblesse du secteur privé se traduit par une faible mobilisation des recettes fiscales. Les mesures de rationalisation des dépenses publiques et d'accroissement des recettes, dites « solutions endogènes », se heurtent à cette limite structurelle. L'économiste estime qu'il est difficile de maintenir durablement la stratégie des importantes levées de fonds sur le marché régional sans solution plus structurelle. Le nouveau gouvernement, annoncé le 1er juin 2026 par le Premier ministre Mouhamadou Al Amine Lô, hérite d'une situation budgétaire tendue.

Les ressources pétrolières, un espoir à court terme limité

Le Sénégal mise sur ses ressources en hydrocarbures, avec le champ pétrolier Sangomar opéré par Woodside. Mais comme le souligne Abou Kane, ces ressources ne suffisent pas encore à couvrir les besoins à court terme. La production a commencé mais les revenus restent modestes face aux échéances de la dette. Par ailleurs, l'instabilité politique récente pourrait compliquer les négociations avec le FMI, comme le montre le limogeage de l'ancien Premier ministre Ousmane Sonko en mai 2026.

Un contexte régional contrasté

Dans la région, le Ghana a mis fin à son plan de sauvetage du FMI en mai 2026, estimant avoir consolidé ses acquis. Cette décision contraste avec la situation sénégalaise où le programme est suspendu. La Côte d'Ivoire, quant à elle, continue de mobiliser les marchés. Le Sénégal semble donc isolé dans son impasse, ce qui renforce la nécessité d'une solution rapide et crédible.

Les choix du Sénégal dans les mois à venir influenceront non seulement sa trajectoire économique, mais aussi la perception des marchés envers la zone UEMOA. Entre restructuration risquée et réformes structurelles longues, le nouveau gouvernement devra trouver un équilibre pour restaurer la confiance, tout en intégrant les promesses des ressources pétrolières qui tardent à se concrétiser.