Les entreprises du secteur commercial au Sénégal ont enregistré une hausse de 15,8 % de leur chiffre d'affaires en février 2026 par rapport à la même période en 2025. Cette progression, révélée fin avril par les autorités, cache des disparités importantes entre un commerce de gros dynamique et un détail encore atone. Elle dessine les contours d'une économie en recomposition, où l'investissement des entreprises et l'essor de l'automobile contrastent avec une consommation des ménages timide.
Selon les données officielles publiées le 30 avril 2026, le chiffre d'affaires du commerce a progressé de 15,8 % en glissement annuel en février. La performance est tirée par le commerce de gros, dont les ventes bondissent de 23,1 %, portées par les produits agricoles et alimentaires (+56,8 %) ainsi que par les machines et équipements (+40,2 %). Ce dynamisme traduit une intensification des échanges intermédiaires et des investissements productifs, notamment dans les secteurs agricole et industriel. Dans un contexte de reprise post-crise, les entreprises semblent renouveler leurs outils et approvisionner les chaînes de valeur, signe d'une confiance dans la demande future.
Le secteur automobile confirme cette tendance avec une croissance de 21,9 %, soutenue par les ventes de véhicules (+21,4 %) et surtout par les activités d'entretien et réparation (+33,4 %). La progression de 29,9 % du commerce de pièces détachées indique un parc automobile en expansion et une maintenance accrue. Ce boom automobile peut être lié à l'urbanisation, à l'essor des services de mobilité et à une demande de biens durables, mais il soulève aussi des questions sur la dépendance aux importations et l'impact sur la balance commerciale. L'atonie des motocycles (−11,1 %) révèle toutefois des arbitrages des consommateurs en faveur de véhicules plus onéreux.
En revanche, le commerce de détail peine à retrouver son souffle. Alors que la demande finale des ménages reste fragile, les commerces de proximité et les détaillants ne bénéficient pas encore de l'embellie observée en amont de la chaîne. Plusieurs facteurs expliquent ce décalage : une inflation encore présente, un pouvoir d'achat érodé, et une possible évasion vers les circuits informels ou le commerce en ligne. La vigueur du gros et de l'automobile pourrait ainsi refléter une demande d'investissement et intermédiaire plutôt qu'une reprise durable de la consommation privée.
Cette configuration est révélatrice des mutations en cours dans l'économie sénégalaise. Le pays mise sur l'industrialisation, les infrastructures et l'agriculture exportatrice dans le cadre du Plan Sénégal Émergent, ce qui favorise le commerce de gros. Cependant, la faible progression du détail interroge sur le partage des fruits de la croissance. Sans une amélioration du revenu disponible des ménages, la dynamique commerciale pourrait rester dépendante des secteurs à forte intensité capitalistique.
Au-delà du Sénégal, cette dichotomie entre commerce de gros et de détail est observée dans plusieurs économies de l'UEMOA, où l'investissement public et privé soutient les échanges intermédiaires, mais où la demande finale peine à suivre. La question centrale est celle de la soutenabilité d'une croissance tirée par l'offre sans un élargissement de la base consommatrice. À suivre : l'évolution de l'inflation, des transferts des migrants et des politiques budgétaires ciblant les ménages.