Présenté mardi 30 juin devant l'Assemblée nationale, le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029 dessine une stratégie inédite : réduire le déficit public tout en augmentant significativement les investissements. Avec un déficit ramené de 6,4% du PIB en 2025 à 3% en 2029, le gouvernement sénégalais mise sur une discipline budgétaire au service de la transformation économique. Cette orientation marque une inflexion par rapport aux politiques des années précédentes, souvent marquées par un endettement accru.

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Une trajectoire de consolidation budgétaire

Le ministre de l'Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a présenté une feuille de route claire : réduire le déficit budgétaire de 6,4% du PIB en 2025 à 4,9% en 2027, puis 3,8% en 2028, pour atteindre le seuil de 3% en 2029, conformément aux critères de convergence de l'UEMOA. Cette performance 2025, inférieure à l'objectif de 7,8%, témoigne selon le ministre de l'efficacité des mesures de redressement engagées. La maîtrise de la masse salariale, la rationalisation des subventions et un meilleur ciblage des transferts courants sont les piliers de cet ajustement.

Investir sans alourdir la dette

Parallèlement, la programmation prévoit une hausse significative des dépenses en capital. Les investissements publics progresseront de 610 milliards de FCFA sur la période, pour atteindre un total de 7 840 milliards de FCFA. Les dépenses d'investissement passeront de 2 402,8 milliards en 2027 à un niveau encore plus élevé en 2029. « L'État investit davantage tout en dépensant moins en fonctionnement », a souligné Cheikh Diba, insistant sur le fait qu'il ne s'agit pas d'une politique d'austérité mais d'une rationalisation. Les dépenses de fonctionnement devraient diminuer au profit des investissements productifs, tandis que les dépenses totales du budget général évolueront de 6 888,5 milliards en 2027 à 7 238,9 milliards en 2029.

Mobilisation des ressources internes et assainissement

Pour financer cette relance sans creuser la dette, le gouvernement mise sur une mobilisation accrue des ressources internes. La réforme de la fiscalité et l'élargissement de l'assiette sont au cœur de la stratégie. Le DPBEP fixe également un objectif de maîtrise de la dette publique, dont le service pèse sur le budget. En 2025, le Sénégal a bénéficié d'un répit grâce à la réduction du déficit, mais la charge de la dette reste un défi. Le ministre a insisté sur la nécessité de rationaliser les subventions et de mieux cibler les dépenses sociales pour préserver les populations vulnérables.

Une mise en perspective régionale

Cette trajectoire s'inscrit dans un contexte plus large de consolidation budgétaire en Afrique de l'Ouest. Plusieurs pays de l'UEMOA, confrontés à un endettement croissant après la pandémie et la guerre en Ukraine, cherchent à revenir dans les clous. Le Sénégal, avec ses nouvelles ressources pétrolières et gazières (Sangomar, GTA), dispose d'une marge de manœuvre que d'autres États n'ont pas. Toutefois, la prudence reste de mise : les recettes des hydrocarbures sont volatiles, et leur intégration dans le budget doit être gérée avec rigueur pour éviter la malédiction des ressources.

Les défis de la mise en œuvre

La crédibilité de cette programmation repose sur la capacité du gouvernement à maintenir le cap. La réduction de la masse salariale, qui représente une part importante des dépenses courantes, implique des réformes structurelles dans la fonction publique. Par ailleurs, la rationalisation des subventions, notamment sur l'énergie et les produits de première nécessité, devra être accompagnée pour éviter des tensions sociales. Le ministre a reconnu que le chemin est exigeant, mais il a réaffirmé que la transformation économique est au bout de l'effort.

Entre rigueur et croissance

La stratégie sénégalaise repose sur un pari : que la discipline budgétaire crée un cercle vertueux. En réduisant les déficits, le pays renforce sa crédibilité auprès des investisseurs et des partenaires financiers, ce qui peut réduire le coût du financement et attirer les capitaux privés. En réorientant les dépenses vers des investissements productifs (infrastructures, énergie, agriculture), le gouvernement espère soutenir la croissance et l'emploi. Les projections macroéconomiques sous-jacentes au DPBEP devront être rendues publiques pour permettre une évaluation indépendante.

Au-delà du Sénégal, ce choix de la rigueur comme moteur de relance interroge les modèles de développement en Afrique de l'Ouest. Alors que la zone UEMOA durcit ses critères de convergence, plusieurs pays cherchent un équilibre entre stabilisation macroéconomique et besoins sociaux. Le Sénégal pourrait servir de test grandeur nature pour une approche où l'austérité n'est pas une fin en soi mais un moyen de financer une croissance inclusive. Reste à voir si la volonté politique et la capacité administrative permettront de tenir cette trajectoire ambitieuse jusqu'en 2029.

Données de référence : Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI) · Croissance du PIB réel : 7.9% (FMI)