En mars 2026, les prix de production industrielle au Sénégal ont bondi de 6,6 % sur un an, poussés par une hausse spectaculaire de 43,1 % des prix du raffinage et de la cokéfaction. Cette augmentation, la plus forte depuis plusieurs années, intervient dans un contexte de réajustement des subventions aux carburants et de volatilité des cours mondiaux du pétrole. Au-delà du choc conjoncturel, elle interroge la capacité des économies ouest-africaines à absorber les chocs externes sans peser sur leur compétitivité industrielle.

La progression des prix à la production hors égrenage de coton (+6,6 % en glissement annuel) est avant tout le reflet d'un renchérissement marqué des produits extractifs (+6,1 %). Mais c'est le poste « raffinage et cokéfaction » qui attire l'attention : avec +43,1 % sur un mois, il s'agit d'une variation exceptionnelle qui mérite d'être décortiquée. Cette flambée est directement liée à la révision à la hausse des prix administrés des carburants à la pompe décidée par le gouvernement sénégalais en février 2026, dans le cadre de la levée progressive des subscriptions aux produits pétroliers. En effet, depuis 2023, Dakar s'est engagé auprès du FMI à réduire les subventions énergétiques, ce qui se traduit par des hausses périodiques des prix du gazole et de l'essence. Or, le raffinage local étant encore marginal – la raffinerie SAR est partiellement à l'arrêt –, le Sénégal importe l'essentiel de ses produits raffinés. La hausse des cours mondiaux du brut, qui ont oscillé autour de 85 dollars le baril en début d'année, a donc été répercutée directement sur les prix intérieurs, d'autant que le franc CFA, arrimé à l'euro, s'est apprécié face au dollar, rendant les importations libellées en dollars plus coûteuses en monnaie locale.

Par contraste, les prix de l'électricité, du gaz et de l'eau sont restés stables, signe que l'État continue de lisser les coûts via des mécanismes de subventions croisées ou des tarifs réglementés. Cette stabilité masque toutefois une pression croissante sur les finances publiques : la facture d'électricité subventionnée représente plusieurs centaines de milliards de francs CFA par an. À terme, le maintien de ces tarifs bas pourrait compromettre la viabilité des producteurs d'énergie, notamment ceux qui utilisent le gaz importé, dont le prix a également augmenté.

Un autre indicateur notable est la légère hausse des prix des matériaux de construction (+0,2 % sur un mois, +0,7 % sur un an). Si elle semble modérée, elle découle d'un renchérissement des intrants de base comme le ciment (+0,4 %), le sable et le fer à béton (+0,2 %). Cette augmentation, couplée à celle des produits raffinés (bitume, fioul), pourrait peser sur les coûts des grands chantiers d'infrastructures, au moment où le Sénégal accélère son plan d'équipement sous l'impulsion du Plan Sénégal Émergent. Les promoteurs immobiliers et les entreprises de BTP, déjà confrontés à des difficultés d'accès au crédit, pourraient voir leurs marges se réduire.

Enfin, la baisse de 10,2 % des prix de l'égrenage de coton en glissement annuel, malgré une légère hausse mensuelle, contraste avec les autres secteurs. Elle s'explique par l'abondance de l'offre régionale (notamment au Mali et au Burkina Faso) et par la faiblesse de la demande textile mondiale. Cette déflation sectorielle illustre la fragmentation des dynamiques industrielles au sein de l'UEMOA : alors que les prix des intrants énergétiques et des matériaux augmentent, ceux des produits agricoles transformés subissent une pression baissière, reflétant des déséquilibres structurels entre les filières.

Ces évolutions s'inscrivent dans un contexte régional marqué par l'inflation importée et la volatilité des changes. Les huit pays de l'UEMOA, liés par une monnaie unique, subissent de manière asymétrique les fluctuations des prix mondiaux. Le Sénégal, économie la plus industrialisée de l'Union après la Côte d'Ivoire, est particulièrement exposé aux chocs énergétiques. La hausse des prix de raffinage pourrait également affecter les pays voisins, qui importent des produits pétroliers raffinés depuis Dakar via le port de transit.

Ces données de mars 2026 confirment que la transition énergétique et budgétaire en Afrique de l'Ouest reste un exercice d'équilibriste. La question centrale est de savoir si les économies de la région parviendront à diversifier leurs sources d'énergie et à développer un raffinage local compétitif pour briser le cercle vicieux de la dépendance aux importations. Les mois à venir, avec la fin annoncée des subventions au Sénégal et la poursuite de l'assainissement budgétaire, fourniront un test de résistance pour le tissu industriel ouest-africain.